Celine, Arletty & Toto"Que Luchaire a de successeurs! Comme il aurait fait merveille! On assassine les techniciens! Et relisons Plutarque...
Lettre de Louis-Ferdinand Céline à Charles Deshayes - 9 décembre 1947.
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Celine, Arletty & Toto
Garry Winogrand - Girls (1967)
Marianne Breslauer - Klaus & Erika Mann (1937)
"Le monde nous souriait puisque que nous lui souriions!" Malgré le trépidant d'une vie vécue de nuit, le sourire du monde se sera à jamais éteint pour les "enfants
terribles". Speed! Sex, drugs and écriture ambitieuse face à la bête, la barbarie prophétisée par l'Antéchrist autrichien. A vous lire et vous relire, m'sieu-dam'
Pierre Jahan - Métro
(1933)
Yousuf Karsh - HG Wells à Lou Pidou (1939)
Le gîte et le
couvert sous les claies d’un toit d’ardoise, le Juste travaille sa gamme à l’ombre d’un logis de fortune. Sobre ou renommé. Il offre une histoire, raconte un paysage qui défile comme au cinéma,
en transparence. Villas fastueuses ? Cabane au gué du fleuve ? Rez-de-chaussée d’hôtel borgne ? pension bon marché ? La retraite de l’écrivain, ce satané poseur de lignes, a
tellement l’air habitée par son propriétaire qu’on s’y sent, non un touriste idolâtre, mais toujours un invité surpris par les marques d’attention. C’est ainsi que tout créateur devrait léguer au
public, outre son œuvre, un peu de lui-même, du coucher jusqu’au lever, de sa mangeaille jusqu’au bon-boire, sa condition d’habitant, et celle plus éphémère, de découcheur ; les coudes sur la
tables, jambes croisées, à la droite de l’hospitalier qui régale, on le retrouverait dans son temps, saisis dans son cadre. Ici, une vue sur la mer, à moins que ce ne soit l’aval apaisé d’un
fleuve. Là, un cadre d’acajou, ce bois rouge qui ravit Balzac et Théophile Gautier. Juste un cadre d’acajou, ce crin noble qui devient de plus en
plus sombre en vieillissant, dont l’ultime éclat devait trouver son dernier refuge dans les premiers wagons-lits vantés par Dekobra ou l’habitacle des berlines filantes sous les mots de l’oncle
Morand et de son neveu chéri, Roger Nimier. Espace de création à géométrie variable, la « maison » est un cabinet de curiosités, avec des kakemonos, des urnes grecques sonnantes de tremolos,
des sarcophages et des moulages encastrés dans des boiseries de kini, de merisier ; un mobilier de clubman, cuir rouge capitonné et rehauts kitsch dans un immeuble de rapport
au centre-ville d’une cité de banlieue ; des niches de marbre black & white, à l’antique dans une vieille ferme reléguée du val. Sans parler du tain moiré des miroirs convexes qui
allument au dessus du manteau cheminé un second feu de lumière.
Chandelle étouffée. Lumière feu. Tantôt le fruste de la débrouille d’une
nuit d’escapade, tantôt la grasse villégiature, annoncée P.P.C, fomentée depuis l’été passé en attendant l’année prochaine pour le cliché du lundi,
sur le parvis du Château. Et ce Castel entièrement jardiné, avec ses douves et son cachet d’autrefois. Tout cela dessiné par un architecte, suisse, peut-être écossais, avec le confort le plus efficace dans le minimum de place. Cadre d’un bonheur réfléchi, égoïste, d’une joie d’honnête homme, de
collectionneur soigneux de son existence. C’est une fête intime, secrète. Et quelle fête en mouvement perpétuel : une vedute à la sanguine dans une longère bretonne, trois
Bonnington de jeunesse dans un moulin restauré par les quelques mécènes du canton et des pochades de Turner dégottées pour la soupente à l’insu des plus récents catalogues. Le portrait du maître
de maison par Marie Laurencin, le croqué de l’hôtesse par Sam Levin, des Vermeer, un buste patiné de Volinine. Enfin, les nostalgiques Noces de Watteau. Bref, tout ce dont les Goncourt
ont rêvé : la Maison d’un artiste doublé d’un atelier d’ouvrier réaliste. Et que d’autres petits musées de vie mal connus, d’un intérêt prodigieux : les instruments de musique,
les casseroles en étain, l’effet des mosaïques ou ces trop vieux parchemins. Tout ce qui a échappé aux déprédations, aux bombes et au mauvais goût de l’ayant-droit, tout cet entassement de
richesses, faites de chairs prélassées, d’encre rouge et de sang noir, doit être visité, revisité, s’il le faut, dans les pages amoureuses d’un livre de sable…humble au
demeurant.
Walter Bondy - Aldous Huxley à la Gorguette (1935)
Willy Rizzo - La Messuguière
(1955)
Berenice Abbott - Cocteau (1938)
Deux mois tout pile, je n'ai pas écrit. Je n'avais pourtant rien d'autre à faire. Mais l'envie me faisait défaut autant que la nécessité; j'ai reconnu l'ennemi, la
lassitude engoncée dans la vareuse de la neurasthénie. J'en sais par coeur les manifestations et j'ai mesuré souvent sa puissance. Tout ça tourne à l'autobiographie alors que je
me paye la tête d'un biographe. Je pourrais me contenter de ces énumérations. Si j'arrêtais d'écrire, si je renonçais à poursuivre, en ressentirais-je du regret, de la colère, de la honte?
Sûrement pas. Si mes cahiers demeuraient aux deux tiers blancs, ce serait sans conséquence. Nul n'attend de me lire et, peut-être, nul me lira. Je pourrais sans inconvénient passer mes journées
sans ces deux ou trois heures de début de matinée ou fin d'après-midi, sans ces quelques pages ajoutées. Je pourrais, mais j'ai senti tout à l'heure que l'ennui que j'éprouve quand je n'écris pas
est encore pire, d'un métal plus lourd, et que je ne puis accepter si aisément la stérilité. Je propose donc cette définition de l'homme: la bête qui, quand elle a satisfait ses
besoins corporels, ne peut se contenter du repos de la digestion. L'homme, lui, a l'ennui pour tourment et pour énervant. L'homme est l'animal qui s'ennuie...
Charles Sheeler - The Stove (1917)
'Bruce Chatwin at work' ( Corbis Co' - 1969)
Ai toujours aimé le retour des vacances. La nuit dans un train bleu, la remontée vers l'espace capital. Regagner son territoire comme s'il avait été inlassablement
perdu. Force et honneurs d'une reconquête...Mi-troupier, mi officier tout terrain. Quand l'express stoppe plate-forme Nord, voie 25, la porte du compartiment crisse en couinant mon impatience.
Café serré, coeur gros, clopes puis le dos d'un croissant qui suinte la lourdeur des ultimes semaines de l'été. Avant de rejoindre ma banlieue quotidienne, je fais le détour par Odéon.
N°12, chez Sylvia B. et sa boutique de planchers lourds et bois ciré. Elle fait dans la littérature étrangère en gardant précieusement tranches et titres; c'est sa façon à elle d'amarrer le
dériveur du rêveur étranger dans ce port d'attaches construit tout en lettres-océan. Alors je renoue ma corde sur la bouée de l'an passé, je salue les lamaneurs, questionne sur Huxley, Dylan
Thomas, elle me répond Pitigrilli ou Hermann Bang. Européens ordinaires disparus dans la chute...d'un roman où le temps passe vite, bien trop vite.
Gisèle Freund -
Homme à sa fenêtre (1935)
Laszlo Nagy - Greta Walberstein (1929)
J'ai rencontré Greta Weil chez Cholokhoff, le cantinier kirghize de la rue Daru. Avec Mone, ma vieille confidente, on s'disait qu'un mardi, 19.30, 'y aurait pas
foule et qu'un bon bortsch pour attaquer les premiers frimas, ça l' ferait bien. Chouchoutés par Youri, table 9, on s'retrouvaient à coup de cancans et, pour une fois, ma tchatche débitait alors
que mon oeil, lui, se mettait à lorgner d'impolitesse. Ridicule à se vouloir absorbé tout à s'enquérir d'improbable. C'est alors que Vladimir, des huîtres Vladimir (les vraies! une pochée, une
grillée, avec la sauce épongée de mie de pain) sont déposées table 5, à mes 13 heures environ. Regard oblique, feignant, sur mon côté droit, le meilleur, paraît-il. Un numéro 13 sensé porter
bonheur tandis qu'elle se contente déjà de porter beau. Brune à cheveux plaqués, torse alpin très dégagé de la table, poignet extra-fin et mine de malicieuse cabossée. Le piège est parfait,
l'oeillade diagonale, l'addition salée, la digestion déambulée et le dernier verre comme à la dérive dans une bicoque à vin vert de la rue des Canettes. Une native du Brenner,
ethnologue et barmaid dans une trattoria de la rue d'Alesia. Et toujours deux choses à la fois...On boit. Je bande. On baise. La nuit d'aventure est toujours trop rapide. On se projette dans la
peau d'un salaud, d'un lâche, d'un bon père. Puis les éboueurs arrrivent, les livraisons s'opèrent, les bouteilles tintent dans la fin d'un matin sombre de fuligine. Elle a faim. J'opine.
J'acquiesce. Elle traditionne aux Carbo, "tu verras, c'est rapide, si, si j'te jure!" Une recette d'hérétique, avec oignons nouveaux et oeufs de caille. Je refuse la grande cueillère à enrouler.
Je n'aime pas non plus "al dente". Elle nous sert un sous-chianti. Pas folichon, un truc grossier un peu piquant et vinaigré " commeuh wie" me sourit-elle.
Joseph T. Keiley - A
bit of Paris (1907)
Parolé..Parolé