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Raymond Voinquel - P.Guggenheim devant le lit d'argent de Calder (1952)
"76 rue de Passy, sonner directement à la loge, demander Véra Gray au 4eme... Lopez, le concierge est au courant" Un travail vite fait bien fait! une entre-prises
prospère ces derniers temps avec la guerre qui mobilise son lot de grands officiers! Vais enfin muscler mon carnet mondain avec les femmes et maîtresses de ces messieurs...les jeunes frimantes
relogées du quartier Duroc, les rombières de la rue Rivoli et de l'avenue de Breteuil...la culture des Anciennes, c'est une question d'habitude! savoir agrémenter un thé de son profil
alpaga, de sa verve précieuse tout en caressant l' angora et le pékinois de ces dames...dextérité du geste, tact et précision du doigté..deux ou trois choses importantes avant de filer...ne
jamais réclamer ou prendre trop cher..se montrer disponible en frôlant l'ubiquité..surtout, ne jamais se retourner au moment de déserter la chambre..la veste de tweed plaquée sur l'épaule, la
mine rentrée dans son col, à la recherche d'une cigarette à bague dorée...sûr de soi dans l'ultime échange au ton rauque, je vous appelle!
Ralph Crane - Jeanne
Réjaunier in Life (octobre 1968)
Jean Gilleta - Cap roux - (1930)
Descente sur la côte... quoi de plus régulier pour ce pays à la tombée d'une pente naturelle. Ils arrivent les gens du Nord, les hommes brusques et nus, parlant
sans gestes ; les kékés qui rasent la mer sur des planches et qui ne veulent pas d'ail dans la bouillabaisse; les Parisiens qui se jettent à l'eau sans y être forcés, et qui sont toujours
pressés. Signalétique élevée, 75, 91,92,95 annoncée par la fureur de l'avertisseur ; les touristes novices qui demandent s'il faut changer sa monnaie française pour entrer à Monaco et espèrent
apercevoir la Corse du haut du Mont Boron; les "étrangers" ou "vacanciers" qui prennent le poivron pour un cryptogame et s'étonnent qu'il n'y ait que de l'huile dans la vinaigrette. Mais
bon...
Charles Lhermitte -
Saint-Tropez - 1912
Andreas Feininger - Escaliers - 1927
Le bout des godasses tout râpé, je tiens la corde sans dépasser l'arête. José m'avait pourtant prévenu que le vertige te prend vite au coeur, aux tripes, à la tête.
Le film passe en transparence sur un ton Technicolor des Fifties, putains d'années 1950. Une drôle de sensation..j'ai un goût acide dans la gorge fait de fonte, de béton et de
crachats urbains. Du gris, partout...des écailles en verre marbrent ce ciel-fuligine. Apprêt. Flexion. Soubresaut. Le bout de mes godasses mordorées se plie de talus dans l'instant
(...)
Alexandre Archipenko - Villae - 1922
J'ai finalement trouvé le sommeil dans cette chambre à l'invite, petite chambre à l'étage, tout à côté du puits de lumière. Quel dédale de couloirs en lacis et
d'escaliers tortueux! Chez Nina, c'est trop grand..Hôte par trop absente de sentiments étriqués mais déjà si présente dans le tréfonds de ma nuit chagrinée ; je sais
qu'elle aime et aimera ailleurs pour le bien de nos consciences. Un Palais Rose, balnéaire.. "tu reviens quand tu veux, me souffle-t-elle, maintenant que tu as les clés"...
Annie Brigman - Finis - 1912
"Mais le temps presse, l'été 1966 approche, et avec lui ce que l'on appelait l'âge de la majorité. (...) En juin, mon père et moi, nous nous réconcilions. Je le retrouve souvent
dans le hall de l'Hôtel Lutetia. Je m'aperçois qu'il n'a pas de bonnes intentions à mon égard. Il essaye de me persuader de devancer l'appel. Il se chargera lui-même, me dit-il, de préparer mon
incorporation à la caserne de Reuilly. Je fais semblant d'obtempérer pour obtenir de lui un peu d'argent, juste de quoi passer mes dernières vacances de "civil". J'aurai 21 ans, et il sera
définitivement débarassé de moi. Il me donne 300 francs, le seul argent de poche qu'il m'ait jamais donné de ma vie. Je suis si heureux de cette "prime" que je lui aurais volontiers promis de
m'engager dans la Légion. (...) Partir le plus vite possible avant les casernes d'automne. Le 1er juillet, tôt le matin, Gare de Lyon. Train de seconde classe, bondé. C'est le
premier jour des vacances.
La plupart du temps, je suis debout dans le couloir. Près de dix heures pour arriver dans le Midi. Le car longe le bord de la mer. Les Issambres. Sainte-Maxime.
Impression fugace de liberté et d'aventure. Parmi les points de repères de ma vie, les étés compteront toujours, bien qu'ils finissent par se confondre, à cause de leur midi éternel. Je loue une
chambre, sur la petite place de La Garde-Freinet. C'est là, à la terrasse du café-restaurant (ndla: les tians et la palombe aux olives y sont délicieux!), à l'ombre, que j'ai
commencé mon premier roman, un après-midi. En face, la poste n'était ouverte que deux heures par jour dans ce village de soleil et de sommeil. Un soir de cet été-là, j'ai eu 21
ans, et le lendemain, je devais reprendre le train. A Paris, je me cache. Août. Le soir, je vais au cinema Fontainebleau, avenue d'Italie, au restaurant de la Cascade, avenue Reille...Je
continue d'écrire mon roman..." P.M.
Gertrude Kasebier -
Pastoral - 1905
Gisèle Freund - Drieu à Ibiza - 1933
["Le villégiateur est ce touriste qui consacre sa vacance à l'immobilité" - JD Urbain - 1751]
Un regard éperdu sur le sol caillouteux, l'avant-bras cousu sur la rocaille, Pierre pense, pose et porte beau sur son coin d'île. Pages de journal, de Gilles et de hauts-bourgeois, il avance le
chantier, à la ligne près, là où d'autres l'interrompent si rarement par un repos bien gagné. La mise impeccable sur fond de sauvagerie, comme pour séduire laitières et baigneuses
dans la toile inspirée d'un support vrai pour vrai. Il est écrivain, voyageur, témoin de nature mais fainéant dans les yeux envieux d'autrui..On ne nait pas l'ongle coulissant, encore moins
le pouce et l'index coincés, pincés. Pas d'examens, ni même une formation. Rien que le toucher d'une peau, savoir sentir un parfum, écouter la chute des mots, la coulée d'encre sur un
papier-buvard. L'auteur tient plus du miroitier que du conteur d'histoires. Il n'arrive jamais, gagné par le tourment, un jour, d'être satisfait. Un pisteur d'âmes, éternelles et meurtries,
toujours en devenir.
Bernard Larsson - Quartier de Mitte (Berlin-est) - 1968
Un vernissage d'estampes japonaises et de kakemonos. Vendredi 8. Galerie "En cours"...XXe arrondissement. Jeux ludiques sur mobiles, louchées de soupe taïwanaise, autres drinequ' et jus de
crânes...le tout agrémenté de performances.. "en train de se passer", art saisi sur l'instant, à point nommé. Pas bien clair, trop moderne ces créations d'imposture. Mais c'est vrai, "tout est
art!", maître mot de culture populaire. Existe-t-il vraiment d'autres cultures que celle dictée par ce bon peuple qui crée, comme ça, à son insu, en se levant, en se couchant en se bâfrant, un
code de conduites, des règles ou comme dit le zélé savant en "logue", un folklore. Beaucoup fumé, toujours trop, et peu dragouillé, une carte de visite ici, un numéro de phone incomplet, là. Une
divine surprise toutefois. Revu Polly, yeux de nuit, cheveux bleus, bouche hibiscus et quelques rides. On commémore à l'envi: la fac, et toutes nos années 20 se lisent en
transparence, à l'aide de cajou, de gongs et de cocktails brutaux. Interrompus par les saluts mondains et les ex-futurs coups, je reviens en l'endroit, seul et con. La marque d'une tête
encore figée sur le cuir du dossier. Absence de corps, empreintes d'argile. Une bulle de mémoire passe. Haute et seule sur les volutes éthyliques et crasseuses.
Alfred Stieglitz - Georgia o' Keefe (1918)
"Déboutonne donc ton chandail! On a bien bossé..ça restera entre nous, bébé!" Sa réplique favorite, au Claude...pour sûr,
celui-là..il a pas, un poil changé, depuis la communale. Pourtant, moi qui croyais qu'New-York allait l'bouger..que dalle, ouais!..sa Cahun, Claude, comme lui.. j'crois..une "photographe
d'avant-garde" qu'i' m'disait..douze ans dans son "leufftt" à Grin'Ouich', la grand'ville, l'monde, les gogos, les commandes..j'croyais vraiment revoir l'homme mûr..mais au final..toujours le
même butor qui butine la minette! En plus, avec son Leica dernier cri..la promesse des cover(s) et tout le toutim...les gonzes, elles!? elles tombaient toutes, quand i' se pointait au bal...Il en
ratait pas un...Boran, Bruyères, Crépy, Viarmes ou Gouvieux...Il arrivait vers minuit avec son focus...f'sait des poses de soirée pour les papiers locaux...alimentaire! qui m'riait...Pi' i'
repartait, bras dessus, bras dessous, avec "la" lolita du patelin, les deux-trois madones aux airs de ciment..l'turban, les sandales in', l'étudiante et tout et tout..v'là qui lui
promettait les merveilles...en s'gavant de café du pauvre jusqu'au p'tit matin...Le bal! I' m'dit qu'c'est pour son "book"! Un truc fumeux sur les futures stars d'en bas..."le
potentiel français" qu'I' fait tantôt à qui, j'veux dire à celles qui lui posent la question, trois fois par heure, vingt fois par nuit "et toi tu fais quoi?".
Parolé..Parolé