Dimanche 13 janvier 2008 7 13 /01 /Jan /2008 20:19

Au Monokel, les choses étaient allées beaucoup plus loin. Il s'agissait de permettre à la délégation qui m'accompagnait une plongée dans un univers exotique, bien particulier à Berlin, encore que des boîtes de nuit de ce type existassent à Paris, surtout à l'époque. Mais l'atmosphère de l'établissement était probablement plus fiévreuse que celle de Chez Suzy ou des Taules-Errance de la rue Pasquier. Des femmes en habit et chapeau-claque, telles que les immortaliseront Marlene ou les peintures de Riri Mahé, jouaient les meneuses de revue et les Lola-Lola, tandis que d'autres, massives et en complet-veston, faisaient tournoyer de frêles créatures aux jupes transparentes, sur fond de mélodies savamment distillée par un Hot-Club à la mode. Présent dans la salle ce soir-là, André Salmon immortalisera ces "négresses à la laideur provocante" des nuits berlinoises. On s'y déshabillait un peu sur la scène, et l'une des premières strip-teaseuses un peu trop solennelles à s'y produire fut la jeune femme coiffée à la Louise Brooks, aperçue en compagnie de Lucia, notre interprète. Sur le carton-programme entre deux flûtes de Taittinger d'import, je lus péniblement "Rozell Rowland a.k.a Goldie" pour la poudre d'or dont elle maculait sa peau à chacun de ses sulfureux numéros.

Ce samedi 14 mai Mil-Neuf-Cent-Trente-et-Un, son effeuillage ne fut d'ailleurs que partiel, aussi, elle garda sur les hanches et le haut des cuisses un curieux caleçon de grosse toile plus solidement laçé qu'un corset. Comme elle n'avait pas de seins, c'était une créature androgyne qui se déshabillait lancinante, sans même perdre une seule précieuse seconde de mes oeillades pénétrées durant toute l'opération. Celle-ci achevée, cette Joséphine Baker outre-Rhin était venue s'asseoir à notre table jonchée de rogatons. D'arrogante et hostile, lors de son entrée en scène, elle était cette fois humble, inquiète. Presque méchamment, Lucia-au-chignon-libéré remarqua devant notre troupe avinée, mais à haute voix, si bien que je compris que l'effeuilleuse avait été la maîtresse de la polyglotte à couettes et dents blanches. Je souriais, absent. Crispation puis migration vers sa loge où je m'enquéris prestement. Brefs échanges de prise de contact au prélable d'un butinage mutuellement très enlevé. Elle se laisse embrasser sur les lèvres par l'une des filles à jaquette du vestiaire au moment même ou celle-ci luit tendit son Révillon. Clin d'oeil, haussement d'épaules alourdies avant la malice susurrée: "Zet Berline né-ce pas?...". A peine acquiescai-je qu'un luxueux taxi écumait déjà la sortie du cabaret d'impasse.

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Dimanche 13 janvier 2008 7 13 /01 /Jan /2008 19:17

  
  

 

Cher Renaud Camus,

Quoiqu'hétérosexuel, je vous aime. C'est que je suis aussi un petit peu proustien, je sais qu'il faut distinguer l'auteur du personnage, quand bien même écrit-on, comme vous le faites (et moi bientôt) son autobiogaphie, indéfiniment : aussi bien je vous aime écrivain; n'est-ce pas l'essentiel ? Pour les mêmes raisons - stylistiquement différentes - j'aime en ce moment Dustan Guillaume, Angot Christine et Nabe Marc-Edouard (je suis sûr que cette inversion vous fait plaisir, mais rassurez-vous je ne travaille pas à la Poste). En réalité je n'ai pas été très gentil avec vous - je vous ai même tutoyé sans vous connaître - puisque c'est moi qui ai écrit l'article dans Libération, en mai, « La trahison de Renaud Camus », où je vous accuse d'avoir trahi votre conception de la bathmologie. J'espère cependant que vous avez senti le fond bienveillant de ma colère qui courait dans tout l'article. Je le crois. Je vous lis depuis longtemps, je n'ai pourtant que 35 ans et j'aime surtout, entre autres, Buena Vista park, P.A et votre journal, bien entendu - l'un des tous meilleurs, et je sais de quoi je parle puisque je viens d'achever ma thèse sur la question, « le Journal d'écrivain dans la littérature française du XXe siècle : sémiostylistique d'un genre », où quelques passages vous sont consacrés : ce n'est qu'une thèse de stylistique. Je vous enverrai des nouvelles de temps à autre Je voulais simplement vous dire que Vaisseaux brûlés est très beau, à la fois conceptuellement et littérairement bien sûr. Il est cinq heures du matin. Je viens à peine de découvrir l'Internet.

Très cordialement,

Thomas Clerc

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Samedi 12 janvier 2008 6 12 /01 /Jan /2008 01:29
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Mercredi 9 janvier 2008 3 09 /01 /Jan /2008 18:32
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Mercredi 9 janvier 2008 3 09 /01 /Jan /2008 17:06

"Tout d'abord, je sais bien, parbleu, qu'il y a chez nous des mères et des filles admirables, toute une société féminine qui travaille et qui peine. Je l'ai peinte déjà, et la peindrai encore. Ai-je besoin d'affirmer, au surplus, que jamais je n'ai prétendu proposer Monique Lerbier comme le type actuel de la jeune fille, de la jeune femme française? Et suis-je responsable si des critiques hostiles généralisent? Non j'ai peint, avec ce tout petit monde de lucre et de vanité qu'on est convenu d'appeler "le monde" - peut-être parce qu'hélas! il y fait encore la loi - quelques types de ces émancipées dont la guerre a précipité le foisonnement dans tous les pays. C'est, en revanche, de parti-pris, que j'ai situé ma garçonne dans le milieu de débauche et d'affaires qu'on voit à Paris, parce que ce microcosme est le plus représentatif de l'amoralité ou, si vous préférez, de la pourriture contemporaine. (...)

A dire, ou à médire? Ce n'est pas seulement  pour le peintre de moeurs un droit, c'est un devoir que de retracer - jusqu'à en donner le dégoût comme à Monique - le spectacle des pires turpitudes. Oui, je sais, il y a objection. Concupiscence : "prenez garde à l'attirance du danger. On ne tombe pas dans un mal qu'on ignore". Je réponds qu'il vaut mieux, puisque le mal existe, le révèler que le cacher. C'est le fanal sur l'écueil. Monique, pour y avoir touché, n'a gardé que l'horreur de ces mornes plaisirs, un élan vers le bonheur salubre...Exemple préservateur. Quant aux perverties!

Quant à la crudité de ma manière - qu'elle soit de la photographie ou de l'art - je maintiens qu'elle demeure - d'un et même de plusieurs tons au-dessous de la vérité. Que sera dans vingt ans une Monique Lerbier, au regard des garçonnes que la génération des dancing nous promet? J'ai dénoncé un péril. Et j'ai fait entrevoir, par delà, le fossé, la grande route de l'égalité, de l'équivalence où les deux sexes finiront bien un jour par avancer côte à côte, harmonieusement. "It's a long way to Tipperary!"

Victor M. - 15 octobre 1922.

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Lundi 7 janvier 2008 1 07 /01 /Jan /2008 16:25
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Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /Jan /2008 18:10
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Jeudi 20 décembre 2007 4 20 /12 /Déc /2007 18:07
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Jeudi 20 décembre 2007 4 20 /12 /Déc /2007 16:46

CHER PETIT (pourquoi te rapetisser d'ailleurs!?) PAPA (une double négation qui en dit long sur les chances de te voir exaucer tous mes voeux...) NOËL (comme Marie Noël, bienheureuse "poyétesse" de la douce nuit...),

J'aurais tant voulu...dans la mesure du possible,

Oeuvrer au bienfait de ma communauté

Yolanda-la-chevelue, Amanda-la-terrible...

Et nombre de nobles figures de mon divin quartier...

Ululer au faîte de ce pin - bonnet pointu  ....(quand)

Xylophonique la rime est soudain devenue

 

Nul doute du trop de desiderata

Opère dans la magie de ton anonymat

Espérerai toute la nuit durant  [...heure par heure, minute par minute...]

Le coeur des Hommes chaud et vif en l'instant

 

(signé): Alain Sudémo-de-TOUSse

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Lundi 17 décembre 2007 1 17 /12 /Déc /2007 12:45
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Lundi 17 décembre 2007 1 17 /12 /Déc /2007 12:00

Fantôme : Simulacre du volume - stabilité obèse - immobilité ou mobilité suspecte - contours affectifs - silhouette phénoménale - angoisse architectonique ; exemples de fantômes : Freud, Chirico, Greta Garbo, La Joconde... (S.Dali)

Fatrasies : La plupart des fatrasies, poèmes incohérents, composés au XIIIe siècle, sont anonymes ; Exemple: "Le son d'un cornet mangeait au vinaigre le coeur d'un tonnerre..."

Femme : Trop de matière à l'exemple, sauf peut-être celles-ci : "Doit être le dernier mot d'un mourant et d'un livre (Xavier Forneret) voire, plus commune, "est l'être qui projette la plus grande ombre ou la plus grande lumière dans nos rêves" (C.Baudelaire)

Feu : "Le feu est manque et excès" (Héraclite)

Film : Principaux films surréalistes : Emak Bakia (1926), L'Etoile de mer (1928) par Man Ray ; Anemic Cinema par Marcel Duchamp ; La Perle (1929) par Georges Hugnet ; Le Chien andalou (1929) et L'Âge d'or (1931) par Luis Bunuel et Dali. Ce que l'on peut attendre du surréalisme, et ce qu'on pourrait attendre d'un certain cinéma, dit comique, est tout ce qui mérite d'être considéré.

Fleur : " Eloignement infini du monde des fleurs" (Novalis)

Folie : " Coeur tout à la pitié, aux parois de bois mort" (P.Eluard)

Freud (Sigmund - 1856) : " L'éternité - Vive Freud, le grand savant viennois ! (L.Aragon) ; Le surréalisme a été amené à attacher une importance particulière à la psychologie des processus du rêve chez Freud, et d'une manière générale, chez cet auteur, à tout ce qui est l'élucidation, fondée sur l'exploration clinique, de la vie inconsciente.

Frottage : Procédé découvert par Max Ernst (août 1925) ; Ce procédé s'est révélé le véritable équivalent esthétique de l'écriture automatique (voire E comme...).

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Samedi 15 décembre 2007 6 15 /12 /Déc /2007 12:18
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Samedi 15 décembre 2007 6 15 /12 /Déc /2007 11:04

PONCIF : n.m. (de Ponce) // Bx-Arts et Littér. Travail banal conventionnel ; formule sans originalité...dixit EmiléLittré... mais un intense besoin de griffouiller c'matin. Lever 9h15 après une vraie bonne nuit d'une huitaine d'heures. Prise et reprise d'un  café noir qui verdit des dents déchaussées de négligence. Mug en main, assis en tailleur sur le skaï bleu-nuit du living-room, pour le coup raidit par la glaciation nocturne dûe aux économies de chauffage électrique. Je m'absorbe: reviens sur la visite aux Cohen dans le quartier Charonne, hier au soir...agape réussie mais ternit par cette inscription sur boîte à lettres...interphones déglingués et plaque patronymique en magnésite férocemement écorchée par une pointe de compas (?) d'Opinel (?)...Sémiotique païenne à chair de poule: le plus additif de l'intersection muni de quatre pieds gondolés. Deux traits, quatre tirets de haine sur cet exercice de géométrie inacceptable. Et on m' demandera encore et encore à quoi sert l'Histoire (...) Elle est dans son bain, flemmardant entre lectures oisives, pommadages et massages de couettes à plumes d'oie. Elle visionne de trop nombreux programmes câblés tout en me scandant mille et un baisers au su de nos nombreux voisins. En-cas brioché rassis et noisette de lait surie. Feuilleté le Dictionnaire de la langue verte (Marpon & Flammarion - 1883) de Delvau..c'est dingue ce que les usuels d'aujourd'hui doivent aux parlers, sabirs et autres argots des siècles passés. Biffure et truffe mon carnet de notes ( après repérage d'un opus sur le Barbizon des années noires publié aux Presses du Village). Prise de contact avec le comédien Jean-Paul Schintu, incarnat de Luchaire au début des années 1990 sur les planches d'une salle stéphanoise, et ce, plus de 50 ans après Klaus Kinski dans la mise en scène de Sessenguth ( http://jean-paul-schintu.com/index.html ) . Correspondance chez Serre pour différer le "gathering" initialement prévu par O. puis phoning-prise de rendez-vous chez Hélène, ma banquière (envie de la prénommer pour apporter à la fraiche cordialité un peu plus de chaleur).

Consumérisme de circonstances : à une semaine de Noël, rien dans ma hotte, vais donc devoir me frotter aux files d'attente des samedi d'avant-fêtes, ces faciès tirés d'agacement, ces corps surchauffés sous doudounes, ces "tssss" d'intolérance au moment d'être bousculé par un fougueux client, qui lui, s'apprête à nocer et s'en réjouit. Plaisirs de bouche : m'enquéris d'une bonne recette de blanquette à l'ancienne dans le Traité familial compilé par Cécile. Jambages, oves, pleins et déliés à maculer le précieux support d'une salive ascescente. Dois arbitrer des dilemmes régionnaux : hérésie d'y adjoindre quelques blancs de poireaux? le vin blanc est sec, altéré ou aligoté? dés, rouelles ou lanières de carottes? 1h30 ou 2h de cuisson doucerette et chuintante? M'en accommoderai, va...aussi, juste l'envie, le besoin d'aligner les lettres...

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Jeudi 13 décembre 2007 4 13 /12 /Déc /2007 17:33
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Lundi 10 décembre 2007 1 10 /12 /Déc /2007 10:55

Retour de Rouen. L'Arnelle des chemineaux d'autrefois. Lacis de petites rues pavées et laquées par la bruine. Berceau d'illustres, Corneille, Flaubert, Blanche, Leblanc commentés devant un boeuf-camenbert et un ballon de calva dans les salles à torchis du Petit Cauchois. Une fois de plus je rentre dans la ville ; et une fois de plus par la gare-péage d'Epônes et par la Porte Maillot. Pendant la courte traversée des plaines normandes et des forestières périurbaines, la nuit s'est refroidie, les vieilles cabanes de cantonniers et les caches de bûcherons ont dû s'avérées inconfortables. Aussi, après avoir traîné mes grolles sur ces confins, et jeté un coup d'oeil au-delà des frontières, je rentre au bercail. C'est l'hiver, et quand il vient et que je ne peux me déplacer en suivant la chaleur des courbes isothermiques, pour rejoindre une région tempérée, j'hiberne, comme une bête qui se terre et s'engourdit, j'hiverne comme un navire qui rejoint un port, y faisant relâche à l'abri des glaces, je me tapis dans un coin de la ville.

La redécouverte de Paris. Cet extraordinaire voyage d'exploration! Et je m'étonne toujours que le Musée de l'Homme, voire une bonne revue de vulgarisation géographique ne fassent jamais état du peuple citadin, ne révèle pas au grand public l'ethnologie des bas-quartiers, que les grands canards préfèrent renseigner dûment leurs milliers de lecteurs sur les us et coutumes des Indiens Navajos que sur ceux et celles des vieux de Nanterre ; comme je m'étonne, qu'après l'énorme quantité de livres, et bons livres, consacrés à Panam, ancien et moderne, par Bauer, Murger ou Hillairet, par les contempteurs du fantastique social, l'habitant ignore sa ville, la dédaigne ou limite ses réflexions stéréotypées à la poésie des quais de la Seine comme à la visite des musées nationau. Oyez! De nos jours, un homme ordinaire, mais qui sait voir, entendre, renifler, se servir de ses organes sensoriels comme d'antennes démesurées, peut encore rester embarrassé, ahuri, muet d'étonnement, écarquiller l'oeil, faire part aux entourages, leur faire prendre pied...dans l'a-vile.

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Jeudi 6 décembre 2007 4 06 /12 /Déc /2007 21:35
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Jeudi 6 décembre 2007 4 06 /12 /Déc /2007 18:07
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Mercredi 5 décembre 2007 3 05 /12 /Déc /2007 18:45
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Mercredi 5 décembre 2007 3 05 /12 /Déc /2007 16:58

On a enfin retrouvé le soleil. On l'avait cherché sur toutes les plages, entre les montagnes, au bout des villes, on était allé sur la mer si loin que les bâteaux eux-mêmes avaient été saisis d'étonnement ; on était resté longtemps à attendre, à guetter, parmi les sons de violons contre la coque, parmi les petits cris groupés des oiseaux au milieu du ciel qui s'était blotti tout près, une sorte de silence. On guettait la possibilité d'une attente. C'était dans des milliards d'années. On avait choisi la Terre et les hommes pour commencer les recherches. Il fallait bien commencer par un souvenir. On avait retrouvé sur la Terre des cartons pâles en forme de visages, des surfaces d'eau calme, vertes et grises, des courbes dont le suc s'harmonisait sans effort avec l'aspect tendre de l'horizon, des villes amphibies qui somnolaient, et d'innombrables changements de lignes rapides, longues et épaisses. Avant tout mouvement, on restait déjà sur sa faim, une faim obscure, vacillante. Une faim qui ne nourrissait pas. On regrettait les galaxies légères qu'on avit quittées sans savoir trop pourquoi : pour aller retrouver le soleil? Cela ressemblait à la fantaisie exigeante d'un riche collectionneur de bibelots anciens.

Parce qu'elle avait été une femme éclairée, Marie-Sol fut conviée aux recherches. On mit à sa disposition tous les renseignements et tous les moyens dont on disposait : des bandes magnétiques, des films, des poèmes, de vieux regards, des peaux, des radars, des vues d'ensemble, des odeurs, des lampes, des vitesses.  Rose glacé comme si c'était l'hiver, son corps de silphide s'était remis en mouvement. Elle fit des dessins qui ressemblaient à ceux de ses anciens voyages passés aux côtés d'Ella Maillart, d'Alexandra David-Néel, mais elle, elle ne s'en souvenait pas.

Les régions de la Terre ne portaient alors plus de noms. Cependant, Marie-Sol pensa que ce petit village devait être en France, à cause des maisons aux toits d'ardoise, de quelques montbéliardes chétives, et des panneaux de signalisation, blancs et bleus. Et de fait, elle vit écrit au-dessus d'une porte : "Café-Epicerie." Elle entra. Il y eut une vieille dame râblée qui s'avança dans l'instant pour lui servir à boire :

- Bonjour Madame

- Bonjour ma Pio'te. Que viens-tu faire par chez nous? dis!

- Une bière, s'il vous plaît.

- Quel est le nom du pays?

- Ici, c'est Villeperdue.

- Villeperdue?

- Oui ma pio'te, parfaitement ! en Indre-et-Loire. Oui.

- Ah!

- Tu n'es pas d'ici?

- Non

- Alors tu es en vacances?

- Euh...oui

- Ah, c'est bien, ça, les vacances !

- Oui. Vous avez là un bien beau billard.

- Oui, tu veux qu'on fasse une partie?

- Vous jouez?

- Bien sûr, mais maintenant, il n'y a plus beaucoup de monde, naturellement.

- Oui, naturellement.

- Attends, le temps de mettre mes lunettes et je suis prête.

Elles se mettent à jouer. Avant chaque coup, la vieille met soigneusement du bleu sur sa canne. Elle réussit. Marie-Sol est moins adroite parce que figée. Elle prétexte un besoin d'aller aux toilettes pour se détendre l'avant-bras. Les toilettes, c'est une large planche avec un grand trou. L'odeur d'albumine asséchée et de relents viscéraux est épouvantable. En repassant devant celliers et resserres, Marie-Sol jette un coup d'oeil par la petite lucarne. Elle voit, pêle-mêle, une brouette, un râteau, une binette, un tisonnier, de vieilles poches, un fouet cassé, des seaux fêlés, et, là, sur une étagère, un gros ballon jaune dégonflé.

- Alors? Qu'est-ce que tu fais? Je t'attends!

- Voilà! Voilà!

- Je viens de faire une série de sept! T'aurais dû voir ça!

Elles jouent tout l'après-midi. Marie-Sol, ravie, redécouvre le serein qui commence à glisser lentement sur les vitres.

- Dites, j'ai vu que vous aviez un vieux ballon dans votre remise.

- Ah oui, mais il est tout dégonflé!

- Il y a longtemps qu'il est là?

Oh oui! Je ne sais même pas d'où il vient. Il n'est peut-être pas seulement à moi.

- A vos enfants?

- Oh non non...Pourquoi? Il te plaît?

- Ben oui...Je peux vous l'acheter?

- Ah ben en voilà une idée ! Mais je te le donne si c'est ça que tu veux!

-Non.. Je..

Qu'est-ce que tu veux que j'en fasse? Je te demande un peu!

Elle part chercher le ballon et le lui donne.

- Seulement voilà! Je ne sais pas si tu pourras le regonfler.

- Oh, je m'arrangerai.

- Hmmmm.. Je ne crois pas que ce soit possible, regarde : il a des trous partout

- C'est vrai!

- Enfin, bonne chance..Allez, au revoir ma belle!

- Au revoir!

Marie-Sol sort dans la nuit, le ballon sous le bras. Alors on n'annonce partout que les recherches peuvent s'arrêter. Pendant une seconde, tout semble immobile. le premier nouveau mouvement est pour accueillir Marie-Sol avec une joie mesurée. On la félicite de sa loyauté. Puis on regagne les galaxies et Marie-Sol peut de nouveau mourir. Voilà...comment on a enfin retrouvé le soleil éperdu.

 

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Lundi 3 décembre 2007 1 03 /12 /Déc /2007 16:00
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