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Tout le monde connaît le gras-double lyonnais, non? C'est une des gloires de cette vieille et chère cité des Canuts. Imaginez quelques Gones illustres au coeur de leurs jeunes années... Dullin, Béraud ou Albert Londres préparer ladite affaire face au fourneau de leur premier logement de fils affranchi : un gras-double coupé en fines lamelles, sauté à la poêle avec quelques rouelles d'oignons nouveaux, une tradition pérenne transmise par la maestria d'Eugénie Brazier et celle des brigades successives des traboules lyonnaises, à commencer par la Brassserie Georges. Divinement élémentaire! C'est un régal que l'on pouvait jadis se payer tout aussi bien dans les guinguettes crasseuses de la Grand' Côte, dans les restaurants cossus de la Place Bellecour, les bons coins de la Rue Saint-Joseph, voire dans les brasseries à courants d'air de Perrache. Un plat classique, national, tout comme le salsifis de Guignol. Eh bien! au risque de jouer les hérésiarques, je proclame haut et fort que ce n'est pas la meilleure manière de manger le gras-double. Dans le rayon "cuisine à cholestérol", il en est une autre que je baptise "Vieux Lyon" parce qu'héritée d'une bisaieüle, vénérable grand'tante de l'arrière grand-père Gustave, j'ai nommé Tante Caroline.
Tante Cana, comme on l'appelait de génération en génération, habitait montée des Carmélites sur les flancs du côteau de la Croix-Rousse. Ses fenêtres donnaient sur un terrain vague. Elle était vieille fille et reportait toutes les affections de son coeur-aimant sur une bruyante ménagerie : le chat Gris-Gris, un poisson rouge et tout un cortège de piafs pépiants, tourterelles, serins, chardonnerets, sarcelles et consorts. Bref! Chaque jeudi, papy Georges venait déjeûner chez Tante Cana, et, chaque jeudi, elle lui servait son plat de prédilection, un plat qu'il n'a jamais mangé qu'à sa chère et pauvre table avant qu'il n'en fasse connaître, bien évidemment, la très simple recette aux membres les plus jouisseurs de sa filiation. Aussi : prendre du gras-double blanchi ; le couper en carrés de largeur de la main ; passer ces carrés dans un blanc d'oeuf, puis les rouler dans de la panure, les frire alors dans une poêle maculée d'huile de noix tressautante. Les placer ensuite dans un plat creux où on aura tôt fait une sauce huile-vinaigre-poivre-et-sel dans laquelle les carrés de gras-double baigneront, rutilants, comme autant d'alvéoles abouchées. Servir enfin. Essayez en.
[couleur sang-pudeur] " Il plaisait ; il plaisait à tout le monde (...) Nous étions bien l'un près de l'autre. Tout ce que je sais, je crois bien que c'est lui qui me l'a appris. (...) Je veux raconter dans quelle circonstances je glanais quelques-uns de ces beaux souvenirs. Chaque année, mon père allait faire une cure de quinze jours à Vittel (ndlr: il était tuberculeux). Je ne me souviens plus pourquoi ma mère ne put l'accompagner, mais je me sentais vraiment très fière, n'ayant pas encore tout à fait quinze ans (ndlr: soit, le mois d'août 1934) de partir seule comme une grande avec Papa dans une ville d'eau. Vittel était alors très en vogue. Nous descendîmes au "Grand Hôtel".
Nous nous trouvâmes là-bas en même temps que de nombreuses personnalités. Je fis ainsi la connaissance des Tho-Radia et profitai honteusement de leur amitié puisqu'ils m'innondaient de produits de beauté. Le soir, Papa m'emmenait au Casino. Maman m'avait prêté une très jolie robe bleu-nuit de Vionnet. Mais avec ses volants drapés et autres laitices, j'avais toutes les peines du monde à la mettre, et davantage à la retirer. (...) Nous dansions bien quelquefois ensemble. De son côté, Papa mourait d'envie d'inviter les jolies femmes qui nous entouraient et n'osait pas me laisser seule. Bref nous nous gênions l'un l'autre terriblement... Jusqu'au jour où un jeune homme plus audacieux que les autres vint jusqu'à notre table, s'inclina devant moi et me demanda de lui accorder une valse (?), peut-être un tango (?)...et tandis que nous tournions sur la piste...
- Il a l'air tout à fait charmant, votre mari...
- Mais ce n'est pas mon mari...ni mon amant...
- Votre frère, peut-être, il me semblait bien aussi que vous vous ressembliez..mais je suis indiscret...
Ainsi personne n'avait osé troubler nos tête-à-tête parce qu'on nous prenait pour mari et femme, amants, voire frère et soeur. Et cela devait arriver de nombreuses fois par la suite. J'avais un père trop jeune, ce qui était terriblement compromettant.
Rosita Luchaire (alias Corinne Luchaire)
GRIS : Du francique "Grîs". Mêlé de blanc et de noir.
LE GRIS : Patronyme associé à "l'homme aux cheveux gris" dans les provinces du Nord et du Nord-Ouest (se dit aussi Le Grix en Normandie, Grisez-el dans le Nord-Est et Grizard/eau en Provence).
GRISELIDIS : Marquise de Saluces qui, d'après une légende de Boccace, incarnait l'archétype des vertus conjugales. Serait repérée aux alentours du XIe siècle.
"GRIS de TOUL" (du terroir grand-paternel) : Entre Blanc et Rosé - Vin d'entre-deux. "La servante apporta ce vin gris de Lorraine, où se rejoignent le goût de la framboise et celui du raisin frais." (Léon Daudet, Vers le Roi, 1920, p.261.)
"GRIS DE LILLE" : Dit aussi Puant, Vieux Lille ou Maroilles gris est un Maroilles salé deux fois, et dont l'affinage plus long, dure six mois.
GRIS-NEZ : Une classe de 3ème : j'assumais alors mon premier jumelage outre-Manche. Avant d'atteindre les embarcadères de Sangatte et Coquelle, le car détourna par les caps à falaises lépreuses. Sur l'aire attenante, Judith s'éloigna vers les frênes, et je crois pouvoir dire que le béguin me pria de la suivre sur-le-champ. Echange de friandises et de baisers volés. J'aimais. J'avais 13 ans.
TEMPS ou CIEL GRIS : A quoi bon! Pierre Loti en parle bien mieux que moi..." les premiers brouillards, les premières journées grises ajoutaient à tout cela leur désolée tristesse."
GRIS-VERT, GRIS-BLEU (à Dame) : Rentré à l'aube de ce 13 janvier d'une soirée chez Fred. Bécon-les-Bruyères. Il n'y a que Bove pour aimer les cités-dortoirs de l'ouest parisien. Une fois la Seine franchie, Paris se perd dans un magma de matières urbaines. Je l'ai donc croisé, rencontré, approché et butiné. On a beaucoup parlé aussi, là, dans un court interstice de ce salon défraîchi. Quel tic quand à recoiffer les lianes vénitiennes de ses cheveux soyeux. Le dévisagement interdit est soudain devenue oeillade puis regard. L'iris entre deux teintes m'a beaucoup plu et il sait me ravir encore.
GRISAILLE : - dixit le Littré - "Peinture monochrome en camaïeu gris donnant l'illusion du relief.
GRIS (Juan) : Fine fleur des peintres cubistes après Matisse et son Bonheur de vivre et le Malaguène en son Bordel d'Avignon.
MISS T. GRIS : Teresa Gris. Troisième épouse dudit cubiste. Modèle à la mode de la Belle Epoque finissante, entre autre initiatrice avec, Paulette Jourdain, du bronzage balnéaire en Côte d'Azur.
"ÂMES GRISES" : Roman consacré de mon congénère nancéien qui aurait pu tout aussi bien se revendiquer "lointain cousin" de Paul. On en oublierait presque - hélas! - ses nouvelles à Petites mécaniques publiées en 2003 et goncourisées.
GRISONNANT(ES) : "Miroir. Ô beau miroir!" Spectacle implacable de mes années 1930, tempes chenues et fils argentés au gré de ma touffeur casquée.
GRIS-MOTS (dit aussi Grimaud) : En mon humble "ès qualité" ; Condition du mauvais écrivain qui persite et signe, laborieux, dans l'attente (?) Bénéficie de quelques valeurs, à défaut d'entregent, à commencer par son abnégation.
"ENTRE GRIS CLAIR ET GRIS FONCE" : Titre du 4ème opus - je crois - de notre Jean-Jacques Goldman national. N'ai jamais aimé Goldman et son guitariste tarlouze (ai dû flirté, comme tout le monde, sur "Comme toi" dans mes sur-boums collégiennes avec Stéphanie F.) Avec tout ce succès amassé, il a occulté l'itinéraire au combien tourmenté de son demi-frère, "Goldie", alias Pierre Goldman, intellectuel des Temps modernes sartriens, guerillero vénézuelien, journaliste à Libé, mémorialiste doué et braqueur assasin buté pour l'Honneur de la police. A lire ses Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France publiés au Seuil en 1975.
MATIERE GRISE: Essentiellement, pour penser. A ce jour à son étiage dans ce qui m'fait office de cabeza après de doctes études.
SOURIS GRISE : Choses vues et entendues en marge de l' office d'une noce enivrée. Ma cavalière de fortune, Lisa, fixait le choeur chantant de ces chanoinesses exaltées. Pas moins d'une heure plus tard, au zinc de la taverne face à cette collégiale de province, elle se mit à confesse : " Je sais, ça va te paraître complétement con..mais me taperais bien une souris grise en apparat..."
CARTE GRISE: N'en ai jamais possédé puisque je vais, tantôt à pieds, tantôt à deux roues. Dois pourtant concéder l'effet de ce papier sacré sur les midinettes en quête de féminité...gisantes, le dimanche à l'aube, sur le cuir verni de ces banquettes rutilantes.
SE GRISER : "Comme c'était loin, le temps où elle parcourait ce même pays, jeune fille, et grise de rêves". Maupassant. Guy de Maupassant.
GRIS-VOIX (en pastichant Zola): On trinqua à la gloire des Bougons. LANOUX, très rouge, commençait à balbutier, et VOYET, très pâle, était complètement gris; mais Sicardot versait toujours en scandant des litanies villonesques.
GRIS-DE-PERLE (Gallimard - 1961): 97 pages d'une poésie intense, dite de chevet, et de vers bien remplis à l'invite d'André Pieyre de Mandiargues. L'un de mes gris-gris en somme.
GRISE DES JARDINIERS: Acarus tisserand (...) Cette très petite espèce d'araignée est de couleur jaunâtre.
Le Journal du Dimanche - 30 septembre 1962 :
"L’écrivain Roger Nimier s’est tué vendredi soir en voiture, à l’âge de 36 ans, sur l’autoroute de l’ouest. Dans son Aston Martin qui s’est écrasée à très grande vitesse sur le parapet du pont qui enjambe le carrefour des RN 307 et 311, à la Celle Saint Cloud, avait pris place la jeune romancière Sunsiaré de Larcône, 27 ans, qui est morte elle aussi.
La voiture, qui roulait à plus de 150 à l’heure en direction de la province, se trouvait sur la gauche de la chaussée, lorsqu’elle vira brusquement à droite en amorçant un « freinage à mort ». Elle faucha sept énormes bornes de béton avant d’aller s’écraser contre le parapet du pont... Nimier avait eu déjà une Jaguar et une Delahaye. Ses voitures étaient ses jouets préférés. Il en parlait longuement. Il écrivait à leur propos. Dans un de ses livres, il décrit un accident d’auto."
Brève de vie pour une vie brève. Achevé récemment une bio entamée il y a plus de six mois déjà. Celle de ma congénère Sunsiaré de Larcône - alias Suzy Durupt pour l'état-civil - vosgienne de Paris, prolo de souche chérie par son mécano de père et sa coiffeuse de mère ayant fait le cross-over africain...communauté de destins? j'ai hélas 34 ans! ...et FMR Messagère des lettres françaises auprès de la fine fleur du Saint-Germain-des-Prés d'alors: Nimier, le hussard bleu donc, Gracq, Dupré et tous ces fringuants dandys à qui elle faisait perdre la tête et l'essence. A emprunter vite dans votre médiathèque la plus proche.
EAU : "Fermez bien vos yeux aux forêts de pendules bleus et d'albumines violettes, en restant sourd aux suggestions de l'eau tiède." (M. Maeterlinck)
EGLISE : "Tout est bien excepté l'Eglise...Là tout vous attriste, car l'on n'y fait rien d'autre que vous ruiner, vous épouvanter et vous ensevelir." (Baffo)
ELEGANCE : "L'élégance est un progrès." (A.Jarry)
ELUARD (Paul) : Poète surréaliste. L'homme de Nusch et la "Nourrice des étoiles".
ENNUI : "L'ennui est faim." (Novalis)
EROTISME : Cérémonie fastueuse dans un souterrain (?)
ESPACE : "J'admirais descendant vers toi - l'espace occupé par le temps." (Lautréamont)
ESPOIR-DESESPOIR : " C'est l'espoir ou le désepoir qui déterminera pour le rêveur - aka le poète - l'action de son imagination. Qu'il formule cet espoir ou ce désespoir et ses rapports avec le monde changeront immédiatement. Tout est au poète objet à sensations et, par conséquent, à sentiments. Tout le concret devient alors l'aliment de son imagination. " (P.Eluard)
ETERNITE : "L'éternité c'est l'éther et c'est tout!" (A.Breton)
ETINCELLE : "Eteinte et celée sitôt ailée." (M.Leiris)
EXTASE : L'extase constitue l'état pur de lucidité aveugle du désir. Elle est par excellence l'état mental critique que l'invraisemblable pensée actuelle, hystérique, moderne, surréaliste et phénoménale aspire à rendre continue." (S.Dali)
Voici la recette d'une délectable pâtisserie - hélas! - galvaudée par les émulsifiants et autres conservateurs de l'industrie agro-alimentaire. Pâtisserie qui a réjoui mon enfance orientale à l'aune des lectures grand-maternelles de couarails enchantés. Je veux parler de la quiche ou galette lorraine. D'un siècle à l'autre, revois Cécile nouer sa bannette et régaler les bambins par le seul jeu de l'effet d'annonce. Aussi.
Vous prenez de la pâte à pain, vous l'amincissez au rouleau jusqu'à ce qu'elle ait la consistance d'une pièce de deux sous, puis vous la déposez délicatement - toujours - sur la tourtière de tôle, aux bords légèrement relevés et tuyautés, préalablement saupoudrée de fleur de farine. Sur cette surface ronde, vous disposez en damier des dés de beurre frais passé à baratte sous huitaine. Cette première opération achevée - les gestes les plus simples sont souvent les meilleurs - vous battez dans un saladier, avec des jaunes d'oeuf en nombre suffisant (5 au minimum...) une jatte de crème savoureuse, épaisse et levée de la veille [les bourgeois messins germanisés ont profané ce précipité en l'amendant, soit-disant, de ciboulette, de poitrine demi-sel et de muscade de Banda - effet-colonisation...alors pas d'hérésies..parbleu!] Lorsque cette farce est bien mélangée et convenablement salée, vous la répandez sur la pâte. Portez ensuite, et comme le veut la tradition de Verlaine, Barrès à Nourissier, votre galette au four flambant du boulanger voisin. Laisser-l'y cinq, dix minutes tout au plus. Elle en sortira dorée, boursouflée, alléchant, onctueuse et embaumera de son odeur friande toute la maison. Bien entendu, mangez la bouillante entre des soufflets minutés en l'arrosant d'un léger vin de pineau récolté dans les vignobles du Toulois. Vous saurez par conséquent ce que "faire bonne chère" veut dire.
Paris, le 15 novembre 2007
Cher Cédric,
Avec toutes mes excuses pour le retard ! C'est avec plaisir que j'ai lu les dernières pages que vous m'avez envoyées. Je les trouve très réussies, en particulier le procès, moment dramatique, révélateur de la personnalité de Luchaire qui a cru que les circonstances lui avaient donné un destin. L'atmosphère, le contexte sont bien rendus. Je n'ai donc pas de remarques critiques à faire, sinon celle-ci, due peut-être à une lecture de vacances: je comprends bien votre parti-pris d'une écriture non académique, votre goût du récit ( je salue votre talent narratif), mais parfois il me semble qu'on ne discerne pas toujours ce qui vient de vos sources (journal-mémoires) de votre imagination et je suis quelquefois gênée par des adjectifs dépréciatifs ou expressions traduisant des jugements moraux. Non, bien-sûr, parce que l'historien doit se dispenser de jugements moraux. C'est plutôt une question de forme. Je vous renvoie votre texte avec des suggestions minimes, du genre stylistique (quelques expressions) afin de donner plus de force à votre expression. Evidemment, ce ne sont que des suggestions...
Donc, en résumé, bravo pours ces pages si enlevées, fondées sur une garnde connaissance de la période, une maîtrise de l'information sans que l'érudition soit jamais pesante. J'espère que tout va bien pour vous, que nous reprendrons le rite et chemin de Dada. Pour le moment je me soigne et commence à retrouver ma mobilité, mais lentement.
Bien Amicalement XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
« Dernière édition : Jean Luchaire, qui avait été condamné à mort le 23 janvier, a été passé par les armes ce matin (…) Le cortège des voitures transportant les personnalités officielles arriva à la prison de Fresnes vers 9h00. Jean Luchaire était encore couché quand les juges entrèrent dans sa cellule. Il fut laissé seul avec le Père Mourem, le jésuite qui le baptisa et le maria l’avant-veille de sa comparution devant la Cour de justice. Deux fourgons cellulaires avaient été préparés pour emmener les condamnés. Luchaire monta dans le premier, et accomplit le trajet, qui dura une vingtaine de minutes, debout dans le couloir avec le Père Mourem et Me Lair, fumant force cigarettes. Il était 9h30 lorsque le convoi quitta Fresnes pour se rendre au Fort de Châtillon. Devant les deux poteaux d’exécution les deux pelotons de douze soldats de l’infanterie coloniale amenés du Fort de Vincennes attendaient l’arme au pied. Luchaire se laissa attacher et refusa le bandeau (...) L’officier baissa son épée : une salve retentit. Il était 9h54. Moins de dix minutes après, un fourgon mortuaire emmenait les cercueils au cimetière de Thiais »
Le Monde - samedi 23 février 1946.
Astre de Lesbos, constellation de la Belle Epoque, Anne-Marie Chassaigne, alias Liane de Pougy (1869-1950) est une comète qui traverse l'Europe en suscitant de folles adorations. Comptant parmi les courtisanes les plus illustres de son temps, l'égale de Caroline Otéro ou d'Emilienne d'Alençon, Liane de Pougy a vendu son corps et très cher, mais elle n'a jamais vendu son coeur, ni son âme. Quant à son esprit, également épris de liberté, il a trouvé sa façon d'être, de s'exprimer, dans quelques romans comme Idylle saphique, dans de remarquables mémoires comme Mes Cahiers bleus, et de multiples lettres qui placent leur auteur parmi nos grandes épistolières.
Reine du demi-monde, Liane de Pougy devient, par son mariage avec le prince roumain Georges Ghika, une authentique princesse qui cousine avec une grande partie de la noblesse européenne. Lianon pourrait alors céder à la tentation de la mondanité et trouver son paradis dans les salons. Elle préfère se livrer à ce qu'elle nomme elle-même "les petits jeux de la tendresse", avec quelques élues comme Natalie Clifford Barney (dit Flossie , l'Amazone etc...) ou Mimy Franchetti, et jouer le grand jeu de l'amitié avec des écrivains comme Cocteau, Roman Potocki et Max Jacob.
"Vous êtes un objet d'art!" , disait d'ailleurs ce dernier. Cet objet d'art va être désormais coté à son plus haut prix sur le marché de la galanterie fin-de-siècle. Être un objet d'art, c'est bien. Être un chef-d'oeuvre libertin, c'est mieux et cela plaît à cette cérébrale de Liane pour qui tous les goûts, et tous les dégoûts, sont dans la nature. Avec Valtesse de La Bigne, modèle de Zola pour Nana, comme professeur et Jean Lorrain comme conseiller, la "Divine" ne pouvait qu'atteindre les sommets. Ondulée par Marcel, chapeautée par Lewis, habillée par les soeurs Callot, Liane de Pougy fut un modèle d'élégance, complaisant, cédant à la pressante curiosité de la jeunesse pour connaître les secrets de la chair. Tout devenait jeu pour elle, flexible comme une liane qui sait naturellement enlacer.
Parolé..Parolé