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Marie-Catherine Breslau - Henry Davison (1903)
"N." est fidèle à la lettre. Appelons-le "N." Fidèle, oui. Dans la forme déjà, une pente abrupte entre deux ascensions. Dans le phonème aussi, à vouloir tant
cultiver le rejet de soi, du sol et de sa giove-nizza nourricière.C'était programmé! Départ dans la nuit d'octobre, celle des chats déjà lovés dans le souvenir, celle où ses yeux de
chatte se sont lessivés d'une pluie d'espoirs. Le frisson du dimanche. Un café noir-amertume et le Train bleu pour sillonner la côte azur, ligure de sa renaissance. Transfrontalier, N est parti
sans quitter. C'était mieux comme ça. Les Smith au placard, daim, velours, et technologies vendus, la gavroche contre le haut-de-forme, le bergeron contre le costard de bonne coupe. L'artiste
fantasmée est devenu boucher. Non? Eh bien si Madame. Parfaitement, le dandy de l'audit a maculé ses ongles de sang noir, de pelures et d'eau saumâtre. Désormais, son chiffre fétiche, c'est le 8
en métal d'un crochet qui crisse, couine, dès l'aube, dans le gel d'une chambre rouge.

Denise Collomb - La boucherie en gros (1953)
Pas n'importe quelle boucherie! Une Antica macellaria collée sur le sillon toscan, une cantoche éclairée où l'on casse-croûte avec le client viandard. Là où
d'autres construisent des châteaux, en Espagne ou ailleurs, N. se nourrit de barbaque, rouge, blanche et verdie d'une cive cueillie par ses mains pleines d'inno..sang. Gueusaille, tripaille et
mangeaille, N. aime jusqu'au dernier globule de la nouvelle sève qui jaillit en lui. La lune triste de son visage glisse désormais sur la peau d'une banane jetée là, à la va-vite, entre le crin
d'une bête de trait et la griffe d'une écorce saignée par le geste. Aaaa ça, oui, bon Dieu de oui, N. gesticule des mouvements justes. Hacher, couper menu, grossier, astiquer, éplucher dégraisser
la viande comme les trop-plein de l'existence. La mue est profilée, s'est-elle délitée à la minute même ou je crache ses mots d'amitié lointaine, manquée. Niçois du Chianti, hier Parisien déchu,
demain nouillorquais. Te voilà l'artisan de ton propre destin..l'apprenti d'un chef-d'oeuvre recommencé sans cesse sur le métier..celui d'être un Homme dans la meute, avec une place, pas chère et
si confortable, une assise honnête et besogneuse. Te lever ne te fait plus peur. Paris lâchée, Pari réussi.

Bob Ter Schiphorst - Delteil au canon
(1964)
Marcel Gautherot - Snapshot from Rio
(Institut Moreira Salles)
Marcel Gautherot - Jean Luchaire (1937)
"Qui saurait d'ailleurs résister au plaisir d'emplir une biographie d'évènements, de pensées basses, d'envie d'écrire à l'âge de huit ans, de
jeunesse incomprise, d'études très brillantes ou très médiocres, de tentatives de suicide, d'actions d'éclat à la guerre, d'une blessure mortelle dont on a échappé, d'une condamnation à
mort et de la grâce arrivant à la veille de l'exécution. Le plus sage, je crois, est de ne pas commencer." (NDLR: trop tard!)
Emmanuel Bove (préface à Un soir chez Blutel, Paris, Lucien et Simon Kra Editeurs, 1927)
Marise Querlin - Autoportrait - 1937 (Editions Notre Temps)
(...) Point à la ligne, page neuve! Bon retour au texte depuis la mi-septembre. 80 feuillets besogneux, les chapitres et sous-chapitres filant tout
tranquillement le long du boulier...Ai renoué avec GD qui prépare un roman du côté de chez Corbière; JPDT prépare son Marley pour Gallimard et FR signe sa BD-Roman aux quatre coins de France.
Initiation par JLB à l'authentique cuisine vietcongue chez Duong Huong, une cantoche bellevilloise où il fait si bon s'attabler...Me parle de son Rigaut, et me montre avec contentement le bouquin
chiné du jour, Alphonse Rabbe, Album d'un pessimiste, oeuvre qui aurait influencé Baudelaire dans sa quête ou son repoussoir, c'est selon les goûts! File, file les lignes de mon tricot
de papier. Entre deux phrases, lève le nez sur les suppléments littéraires. Yann Moix stigmatise les blogueurs, pisseurs, je cite, "de jus de crânes"...et Jipé Toussaint perd le Suprême par cinq
voix contre deux...Par leur vote, Pivot et Rambaud ont sauvé l'honneur d'un auteur injustement méconnu dans nos contrées, où le faiseur de fric qui trade supplante l'intello qui tâcle. De bonnes
surprises ici et là, et notamment la découverte de l'oeuvre réaliste de Marise Querlin (1903-1998), journaliste et romancière en avance sur son temps, dont les textes rendent
hommage aux désemparés en sublimant leur misère humaine: au cours de reportages vrais qui préfigurent le gonzo d'aujourd'hui, filles-mères, drogués, lesbiennes ou enfants délinquants de
l'entre-deux-guerres sont si justement portraiturés qu'ils convoquent les orfèvres du genre, Simenon, Kessel, Londres et Béraud réunis. Une femme de chez femme, qui en a, a l'heure où ces
Messieurs trustent les maroquins prestigieux, et où le journalisme est sur-masculinisé. Bref, une sourcière et traçeuse de sillons à relire d'urgence...
Celine, Arletty & Toto
Garry Winogrand - Girls (1967)
Marianne Breslauer - Klaus & Erika Mann (1937)
"Le monde nous souriait puisque que nous lui souriions!" Malgré le trépidant d'une vie vécue de nuit, le sourire du monde se sera à jamais éteint pour les "enfants
terribles". Speed! Sex, drugs and écriture ambitieuse face à la bête, la barbarie prophétisée par l'Antéchrist autrichien. A vous lire et vous relire, m'sieu-dam'
Pierre Jahan - Métro
(1933)
Parolé..Parolé