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Jeux d'eau pour Jean du voyage. Mercredi 15 juillet. Un peu paumé avec ces fériés de semaine. Retour de Ker''ho la tête embrumée...le coeur chaud. Relu
Rhum de Cendrars, une prose aventurière imbibée de sable et de punch chargé. Me prépare à la relecture intégrale des journaux de Klaus Mann. "M le maudit version Sanary-sur-Mer!" Un peu
de mou côté écriture, il faut savoir vivre la vraie vie, sa vie véritable et concentrer toute son attention sur la scène capitale: le jeu des Hommes, ses règles, son coup de dés
permanent, ses chanceux, ses tricheurs et, surtout, ses mauvais perdants... bref le refrain du lever et le ploiement du coucher...Ecoute St-Augustine, pas le sage d'autrefois mais le
chantre du folk clermontois ; inutile de rallier the road amerloque en pick-up pour chercher sa voie. L'été est là, Paris ne brûle qu'à moitié, l'urbanité pèse de tout son gris quand les
zhabitants villégiaturent à Houlgate, Dinard et Palavas. Moi - ôôô ce maudit moi d'égoïste -, je vais...
Ralph Crane - Magic Bus
(1970)
Samedi 4. Lu Stevenson, des textes de Gauguin et commencé la Simple journée d'été de Berthet. Au déjeuner, goûté le gravlax de saumon...aaah ce miel
délicieux qui contrebalance le sel de la vie. Grosse après-midi chez FR dans le Sentier. Séance de travail à s'écouter parler..travail..du moins travaux en cours..M' a lu son
"Lucho" puis les toutes premières pages de son roman de commande dans la jaune..prometteur...Avons changé de pièce, beaucoup fumé entre deux, trois cafés bien serrés..et ce fut mon tour de
raconter Gino..deux chapitres pleins, lus d'un trait en y mettant le ton..au sortir, quelle pépille, quellle soif d'eau! échanges critiques sévères et réparateurs pour un chantier qui va, vaille
que vaille...Gros dîner de la mer à son retour d'apéro-Batignolles...les paupières lourdes, le col maculé de jus de crâne et de relents d'été..merde! ça colle au cou! Il faut bien s'arrêter
quelques heures ...oui, c'est ça, seulement quelques heures...
Ralph Crane - Gia Scali
(1961)
Raymond Voinquel - P.Guggenheim devant le lit d'argent de Calder (1952)
"76 rue de Passy, sonner directement à la loge, demander Véra Gray au 4eme... Lopez, le concierge est au courant" Un travail vite fait bien fait! une entre-prises
prospère ces derniers temps avec la guerre qui mobilise son lot de grands officiers! Vais enfin muscler mon carnet mondain avec les femmes et maîtresses de ces messieurs...les jeunes frimantes
relogées du quartier Duroc, les rombières de la rue Rivoli et de l'avenue de Breteuil...la culture des Anciennes, c'est une question d'habitude! savoir agrémenter un thé de son profil
alpaga, de sa verve précieuse tout en caressant l' angora et le pékinois de ces dames...dextérité du geste, tact et précision du doigté..deux ou trois choses importantes avant de filer...ne
jamais réclamer ou prendre trop cher..se montrer disponible en frôlant l'ubiquité..surtout, ne jamais se retourner au moment de déserter la chambre..la veste de tweed plaquée sur l'épaule, la
mine rentrée dans son col, à la recherche d'une cigarette à bague dorée...sûr de soi dans l'ultime échange au ton rauque, je vous appelle!
Ralph Crane - Jeanne
Réjaunier in Life (octobre 1968)
Jean Gilleta - Cap roux - (1930)
Descente sur la côte... quoi de plus régulier pour ce pays à la tombée d'une pente naturelle. Ils arrivent les gens du Nord, les hommes brusques et nus, parlant
sans gestes ; les kékés qui rasent la mer sur des planches et qui ne veulent pas d'ail dans la bouillabaisse; les Parisiens qui se jettent à l'eau sans y être forcés, et qui sont toujours
pressés. Signalétique élevée, 75, 91,92,95 annoncée par la fureur de l'avertisseur ; les touristes novices qui demandent s'il faut changer sa monnaie française pour entrer à Monaco et espèrent
apercevoir la Corse du haut du Mont Boron; les "étrangers" ou "vacanciers" qui prennent le poivron pour un cryptogame et s'étonnent qu'il n'y ait que de l'huile dans la vinaigrette. Mais
bon...
Charles Lhermitte -
Saint-Tropez - 1912
Andreas Feininger - Escaliers - 1927
Le bout des godasses tout râpé, je tiens la corde sans dépasser l'arête. José m'avait pourtant prévenu que le vertige te prend vite au coeur, aux tripes, à la tête.
Le film passe en transparence sur un ton Technicolor des Fifties, putains d'années 1950. Une drôle de sensation..j'ai un goût acide dans la gorge fait de fonte, de béton et de
crachats urbains. Du gris, partout...des écailles en verre marbrent ce ciel-fuligine. Apprêt. Flexion. Soubresaut. Le bout de mes godasses mordorées se plie de talus dans l'instant
(...)
Alexandre Archipenko - Villae - 1922
J'ai finalement trouvé le sommeil dans cette chambre à l'invite, petite chambre à l'étage, tout à côté du puits de lumière. Quel dédale de couloirs en lacis et
d'escaliers tortueux! Chez Nina, c'est trop grand..Hôte par trop absente de sentiments étriqués mais déjà si présente dans le tréfonds de ma nuit chagrinée ; je sais
qu'elle aime et aimera ailleurs pour le bien de nos consciences. Un Palais Rose, balnéaire.. "tu reviens quand tu veux, me souffle-t-elle, maintenant que tu as les clés"...
Annie Brigman - Finis - 1912
"Mais le temps presse, l'été 1966 approche, et avec lui ce que l'on appelait l'âge de la majorité. (...) En juin, mon père et moi, nous nous réconcilions. Je le retrouve souvent
dans le hall de l'Hôtel Lutetia. Je m'aperçois qu'il n'a pas de bonnes intentions à mon égard. Il essaye de me persuader de devancer l'appel. Il se chargera lui-même, me dit-il, de préparer mon
incorporation à la caserne de Reuilly. Je fais semblant d'obtempérer pour obtenir de lui un peu d'argent, juste de quoi passer mes dernières vacances de "civil". J'aurai 21 ans, et il sera
définitivement débarassé de moi. Il me donne 300 francs, le seul argent de poche qu'il m'ait jamais donné de ma vie. Je suis si heureux de cette "prime" que je lui aurais volontiers promis de
m'engager dans la Légion. (...) Partir le plus vite possible avant les casernes d'automne. Le 1er juillet, tôt le matin, Gare de Lyon. Train de seconde classe, bondé. C'est le
premier jour des vacances.
La plupart du temps, je suis debout dans le couloir. Près de dix heures pour arriver dans le Midi. Le car longe le bord de la mer. Les Issambres. Sainte-Maxime.
Impression fugace de liberté et d'aventure. Parmi les points de repères de ma vie, les étés compteront toujours, bien qu'ils finissent par se confondre, à cause de leur midi éternel. Je loue une
chambre, sur la petite place de La Garde-Freinet. C'est là, à la terrasse du café-restaurant (ndla: les tians et la palombe aux olives y sont délicieux!), à l'ombre, que j'ai
commencé mon premier roman, un après-midi. En face, la poste n'était ouverte que deux heures par jour dans ce village de soleil et de sommeil. Un soir de cet été-là, j'ai eu 21
ans, et le lendemain, je devais reprendre le train. A Paris, je me cache. Août. Le soir, je vais au cinema Fontainebleau, avenue d'Italie, au restaurant de la Cascade, avenue Reille...Je
continue d'écrire mon roman..." P.M.
Gertrude Kasebier -
Pastoral - 1905
Parolé..Parolé