Lundi 21 juillet 2008. 22h02. Second étage d’un immeuble de rapport en pierre de taille d’une commune confortable de l’ouest parisien. Une lumière faiblarde vient contraster la pénombre de la
Place du Général Leclerc. Je tourne en rond et m’absorbe entre songe et agacement. Besoin d’inaugurer le livre de sable. Soudain, germe la tentation simpliste de se cacher derrière un « Il y
à 107 ans, jour pour jour, naissait…non ! ». A moins de pasticher le Questionnaire de Proust en martelant, dès l’incipit, « Quelle est votre Occupation
préférée ? » Ringard. C’est bien connu, les premiers sillages, jambages, oves et déliés de lettres noires sont les plus difficiles à coucher sur le papier. Le premier livre, un
ambitieux rendez-vous fantasmé. Trouver le ton, libre, le rythme halluciné d’un récit de vie trépidant en exhumant quelques-uns des moments les plus sombres de notre histoire nationale.
Gageure ? Nécessité ? Parti-pris périlleux ! Toujours à repousser aux lendemains meilleurs, la mise à feu, l’ouverture d’un chantier annuel, honnête et endurant. Qu’à cela ne
tienne. 22h54. L’humeur grise, j’entrouvre la porte grinçante de mon dressing à archives et opuscules poussiéreux. Instinctivement, je saisis la boîte à gants maroquin rouge, coins nickel
travaillés : y pioche quelques éléments épars parmi les nombreuses photocopies d’une correspondance patiemment reconstituée, de Florence aux dépôts parisiens traditionnellement consacrés, de
Roscoff à Bruxelles, puisqu’à mon grand regret, il n’existe aucun Fonds Jean Luchaire à cote providentielle. Une source de renoncement pour nombre de mes prédécesseurs. Patient, laborieux et
scrutateur invétéré des lignes d’horizon, j’ai toujours préféré les omnibus aux liaisons directes, les étapes paresseuses du tortillard à l’allure frénétique et optimisée de la grande vitesse.
Pour devenir biographe, voire un quelque chose qui s’en approche, il me fallait déambuler vers des défrichements toujours plus extensifs. Un biographe. Le mot est dit. Statut au combien prétentieux précédé de ses flonflons cuivrés. Je me contenterai mieux de pisteur, limier féroce même, privé en Mackintosh ou confesseur imposé dans la peau duquel j’essaierai de m ‘engoncer l’espace de ces pages.
J’élude, ou ma fâcheuse tendance à tasser les digressions à l’heure de planter mon récit par de légers tapotements sur ce clavier sans fil. Pourtant, il faudra bien
démarrer !
Une métaphore filée? Un parallèle incongru? Une reconstitution fumeuse tout aussi boiteuse ? Pas l’once d’une idée singulière en parcourant
le rayonnage de fortune jalousement construit dans ce cagibi empli de cintres et de cartons écornés. Les tranches rousses d’ouvrages immanquables, lus et relus, leur titres prometteurs gèlent les
tenants de ce qui est sensé faire l’inspiration : l’autobiographie réaliste de l’intéressé tout spécialement dédicacée au maître et éveilleur, Jean-Richard Bloch, sourcier de cet
« inventaire à bénéfice différé » ; les Confessions du père, les divagations affectées d’une tante diariste, les promenades littéraires de l’oncle, à l’ombre du
Boulevard ou les aveux-alibis de la fille aînée jetés sur le support à l’avant-veille de son trépas de starlette-météore. Sous ce terreau épistolaire, d’autres papiers encore, glanés d’un cabinet
l’autre, à l’instar des cartes postales de villégiatures, soufflées depuis Vittel, Trez-hir, Grande-Rivière, Brutul, ces stations de Côte sauvage si chères à Jean-René Huguenin. Des
récits, toujours des récits, cosmopolissons ceux-là, d’une maîtresse aperçue, hier encore, non loin des Planches à Deauville[1]. Parmi la masse amoncelée, je ne parviens – hélas ! pas à trouver matière à.. Reprends
mon courage à deux mains en extirpant ce gros volume aux allures de grimoire, relié de plus de 800 pages sur papier-bible. Enfin, un titre éloquent : Who’s Who In Vichy France –
1944, ou la somme des efforts scrupuleux de l’O.S.S américain pour dresser la liste des Nouveaux Messieurs du Paris Gestapo et des
sujets sensibles de L’Etat vichyste en pleine décrépitude. Un daguerréotype de Paul Demachy fixant l’ancêtre, Achille, en guise de marque-page. Numéro 272 du 76ème exemplaire. Là,
pointé du doigt, « le » patronyme tant recherché plaqué au beau milieu de ce parterre de militants francistes, d’officiers pétainistes et de miliciens ultras. La collecte des informations est
impressionnante dans cet authentique dictionnaire des retournés, ou « mauvais français » comme on disait alors. Certains ont toutefois tirés leur épingle du jeu, en le doublant de moult
précautions et des ambivalences de l’entre-deux. L’espion téméraire se transforme en moine-copiste, l’officine en scriptoria et les jumelles en besicles. Combien d’heures passées à filer,
questionner, rapporter et dresser ce sombre creuset des Forties. Intercalé entre l’ingénieur des Mines, Robert Loustau, obscur chargé de
mission des bords de l’Allier et le barbouze Guy Luques, deux « sans-grades » de la Collaboration française, formule au goût d’oxymore, il semblerait que je tienne mon homme.
(Sic) : « Restricted – Luchaire, Jean ; Career journalist ; Director of Les Nouveaux Temps, Toute la Vie, 1940-1941 (…) Co-founder of
the R.N.P., 1 February 1941 (…) President of the Bureau et
l’Assemblee de la Corporation Nationale de la Presse Française, June 1941 (…) Member of the
Central Committee of the L.V.F., as of November 1943 (...)
Member of Clubs
: Société des Orateurs et Conférenciers, Club de la Presse, Cercle Européen, Compagnons de Saint-Michel… » Epais dossier à charges. Cumul
des mandats manifeste. Une sale période !
[
Langes-bibi's-rototos.......appauvrissement manifeste des champs lexicaux et contraction de ma station verticale. De retour d'une excellente session de saison chaude au Royaume
des Maures passé entre écritures (j'insiste pour le "s" final) et polissage de progéniture - terme à manque de chaleur mais idoine pour la rime. J'aime à baiser pincé les joues balottes de mon
Elia. Prénom épicène épicé du Moyen-Orient. Vois pas l'rapport d'avec un alsaco-lorrain-suisse de Paris...mais le siècle nouveau est à la facétie...alors..Langes - je veux dire "couches Pampers
premier âge avé les élastiques et les Teddy Bear pastels- Bibi's Doddie qui s'improvisent aréoles et rototos de voracité lactée. Quelle descente! Héritière de la riche maison "Biberonnage et
Cie". Au fait, saviez-vous que les biberons Robert étaient nés en 1912..d'où le Robert associé, non pas au p'tit lettré mais aux tertres mammaires. "Un enfant...ça change un homme !" m'a lançé ma
vieille Jeanne devant le primeur du marché. N'ai pourtant pas perdu le goût sacré de la digression à tiroirs. Et vous!..votre été qui touche à sa fin? réussi? "Un bébé, tu verras...ça change la
vie!" m'a crié Jean-Mi'. En dépit d'un cerne toujours plus bleui..d'une insolente intruse en aparté..fais toujours aussi régulièrement l'amour à ma femme, pisse et mange deux fois par jour
en me gardant bien d'émarger aux pronostics de dessus de landeau " C'est la bouche de son père!" " elle ressemble à sa mère" Une vérité toutefois...en toute objectivité..j'ai le plus beau bébé de
la planète terre!..si si j'te jure..vous en doutez..elle rote criailleuse, pète ses quelques coliques et prends le soin de fixer son écrivaillon de paternel..j'adore être fixé de la sorte sur mon
sort...celui-ci je ne le concèderai pour rien au monde..
Alice
Boughton - Dawn - 1909
Brassaï - A la Cabane Cubaine - 1932
Parolé..Parolé