Samedi 1 novembre 2008 6 01 11 2008 11:15


Lundi 21 juillet 2008. 22h02. Second étage d’un immeuble de rapport en pierre de taille d’une commune confortable de l’ouest parisien. Une lumière faiblarde vient contraster la pénombre de la Place du Général Leclerc. Je tourne en rond et m’absorbe entre songe et agacement. Besoin d’inaugurer le livre de sable. Soudain, germe la tentation simpliste de se cacher derrière un « Il y à 107 ans, jour pour jour, naissait…non ! ». A moins de pasticher le Questionnaire de Proust en martelant, dès l’incipit, « Quelle est votre Occupation préférée ? » Ringard. C’est bien connu, les premiers sillages, jambages, oves et déliés de lettres noires sont les plus difficiles à coucher sur le papier. Le premier livre, un ambitieux rendez-vous fantasmé. Trouver le ton, libre, le rythme halluciné d’un récit de vie trépidant en exhumant quelques-uns des moments les plus sombres de notre histoire nationale. Gageure ? Nécessité ? Parti-pris périlleux ! Toujours à repousser aux lendemains meilleurs, la mise à feu, l’ouverture d’un chantier annuel, honnête et endurant. Qu’à cela ne tienne. 22h54. L’humeur grise, j’entrouvre la porte grinçante de mon dressing à archives et opuscules poussiéreux. Instinctivement, je saisis la boîte à gants maroquin rouge, coins nickel travaillés : y pioche quelques éléments épars parmi les nombreuses photocopies d’une correspondance patiemment reconstituée, de Florence aux dépôts parisiens traditionnellement consacrés, de Roscoff à Bruxelles, puisqu’à mon grand regret, il n’existe aucun Fonds Jean Luchaire à cote providentielle. Une source de renoncement pour nombre de mes prédécesseurs. Patient, laborieux et scrutateur invétéré des lignes d’horizon, j’ai toujours préféré les omnibus aux liaisons directes, les étapes paresseuses du tortillard à l’allure frénétique et optimisée de la grande vitesse. Pour devenir biographe, voire un quelque chose qui s’en approche, il me fallait déambuler vers des défrichements toujours plus extensifs. Un biographe. Le mot est dit.  Statut au combien prétentieux précédé de ses flonflons cuivrés. Je me contenterai mieux  de  pisteur, limier féroce même, privé en Mackintosh ou confesseur imposé dans la peau duquel j’essaierai de m ‘engoncer l’espace de ces pages. J’élude, ou ma fâcheuse tendance à tasser les digressions à l’heure de planter mon récit par de légers tapotements sur ce clavier sans fil. Pourtant, il faudra bien démarrer !

Une métaphore filée? Un parallèle incongru? Une reconstitution fumeuse tout aussi boiteuse ? Pas l’once d’une idée singulière en parcourant le rayonnage de fortune jalousement construit dans ce cagibi empli de cintres et de cartons écornés. Les tranches rousses d’ouvrages immanquables, lus et relus, leur titres prometteurs gèlent les tenants de ce qui est sensé faire l’inspiration : l’autobiographie réaliste de l’intéressé tout spécialement dédicacée au maître et éveilleur, Jean-Richard Bloch, sourcier de cet « inventaire à bénéfice différé » ; les Confessions du père, les divagations affectées d’une tante diariste, les promenades littéraires de l’oncle, à l’ombre du Boulevard ou les aveux-alibis de la fille aînée jetés sur le support à l’avant-veille de son trépas de starlette-météore. Sous ce terreau épistolaire, d’autres papiers encore, glanés d’un cabinet l’autre, à l’instar des cartes postales de villégiatures, soufflées depuis Vittel, Trez-hir, Grande-Rivière, Brutul, ces stations de Côte sauvage si chères à Jean-René Huguenin. Des récits, toujours des récits, cosmopolissons ceux-là, d’une maîtresse aperçue, hier encore, non loin des Planches à Deauville[1]. Parmi la masse amoncelée, je ne parviens – hélas ! pas à trouver matière à.. Reprends mon courage à deux mains en extirpant ce gros volume aux allures de grimoire, relié de plus de 800 pages sur papier-bible. Enfin, un titre éloquent : Who’s Who In Vichy France – 1944,  ou la somme des efforts scrupuleux de l’O.S.S américain pour dresser la liste des Nouveaux Messieurs du Paris Gestapo et des sujets sensibles de L’Etat vichyste en pleine décrépitude. Un daguerréotype de Paul Demachy fixant l’ancêtre, Achille, en guise de marque-page. Numéro 272 du 76ème exemplaire. Là, pointé du doigt, « le » patronyme tant recherché plaqué au beau milieu de ce parterre de militants francistes, d’officiers pétainistes et de miliciens ultras. La collecte des informations est impressionnante dans cet authentique dictionnaire des retournés, ou « mauvais français » comme on disait alors. Certains ont toutefois tirés leur épingle du jeu, en le doublant de moult précautions et des ambivalences de l’entre-deux. L’espion téméraire se transforme en moine-copiste, l’officine en scriptoria et les jumelles en besicles. Combien d’heures passées à filer, questionner, rapporter et dresser ce sombre creuset des Forties.  Intercalé entre l’ingénieur des Mines, Robert Loustau, obscur chargé de mission des bords de l’Allier et le barbouze Guy Luques, deux « sans-grades » de la Collaboration française, formule au goût d’oxymore, il semblerait que je tienne mon homme. (Sic) : « Restricted – Luchaire, Jean ; Career journalist ; Director of Les Nouveaux Temps, Toute la Vie, 1940-1941 (…) Co-founder of the R.N.P., 1 February 1941 (…) President of the Bureau et l’Assemblee de la Corporation Nationale de la Presse Française, June 1941 (…) Member of the Central Committee of the L.V.F., as of November 1943 (...) Member of Clubs : Société des Orateurs et Conférenciers, Club de la Presse, Cercle Européen, Compagnons de Saint-Michel… » Epais dossier à charges. Cumul des mandats manifeste. Une sale période !



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Mercredi 1 octobre 2008 3 01 10 2008 12:58
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Lundi 29 septembre 2008 1 29 09 2008 14:46


Amoureux !? Le suis et crois l'avoir été très/trop souvent. Depuis l'âge de 6 ans, je n'avais pas cessé de l'être, sauf entre douze et quatorze ans. Le coup de foudre !? Oooh, j'en avais l'habitude. Il m'avait frappé, place de Verdun, à la vue d'une vendeuse au teint de dragée, dans une maroquinerie où j'achetais ma hotte de rentrée. J'étais demeuré muet, figé, mais je pense que mon enthousiasme écarquillé devait être bien visible, comique ; car elle éclata de rire (revois encore ses dents-dominos, larges), et elle me fit servir par celle qui devait être sa soeur aînée dès la fois suivante. Autre coup de foudre : à une de ces sur-boums pré-adolescentes -stupéfiantes de niaiseries - où les familles rassemblaient les amis de leurs enfants pour quelque spectacle inoffensif en guise de goûter somptueux. le pâtissier fournissait là avec l'orangeade, la cerisette et les chaises dorées tapissées de faille parme. Assis sur l'une d'elles, je vis devant moi quatre boucles blondes qui flottaient sur le piqué blanc d'une blouse, et les trouvai si belles que je résolus d'épouser la jeune fille, dont je n'avais pas encore aperçu la figure...De cette époque à premiers symptômes, coup de foudre pour Laure Marsac, Anne brochet avec son "petit menton qui tremble" et Samantha-la-renarde. mais les femmes et les jeunes filles, objets de ces frénésies, je ne croyais pas les connaître, ni les atteindre; au contraire je les supposais inconnaissables, inaccessibles. C'était même la raison pour laquelle je désirais tant les approcher, les toucher, les embrasser. Lydia, elle, ne m'inspirait aucun de ces désirs. Je ne me sentais pas séduit par elle, pis, je me sentais lié. Méditatif et contemplatif à la fois. Je la trouvais belle dans ses shorts en jean à foin gris, toujours trop courts, et si elle ne l'avait pas été, cela n'eût vraissemblablement rien changé. Sa beauté dans son apparat cuisses-nues compliquait plutôt les choses : elle ne promettait aucun bonheur et se plaisait à en récolter aux quatre coins de notre chef-lieu de canton. Son visage de Minerve, son corps de Korê semblaient moins des donnée physiques qu'un choix prémédité en fonction d'un destin sévère qu'elle associait visiblement à un twirling-bâton effronté et qui m'avait toujours rebuté. Fin de brève.

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Lundi 29 septembre 2008 1 29 09 2008 14:04
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Lundi 8 septembre 2008 1 08 09 2008 12:52

Langes-bibi's-rototos.......appauvrissement manifeste des champs lexicaux et contraction de ma station verticale. De retour d'une excellente session de saison chaude au  Royaume des Maures passé entre écritures (j'insiste pour le "s" final) et polissage de progéniture - terme à manque de chaleur mais idoine pour la rime. J'aime à baiser pincé les joues balottes de mon Elia. Prénom épicène épicé du Moyen-Orient. Vois pas l'rapport d'avec un alsaco-lorrain-suisse de Paris...mais le siècle nouveau est à la facétie...alors..Langes - je veux dire "couches Pampers premier âge avé les élastiques et les Teddy Bear pastels- Bibi's Doddie qui s'improvisent aréoles et rototos de voracité lactée. Quelle descente! Héritière de la riche maison "Biberonnage et Cie". Au fait, saviez-vous que les biberons Robert étaient nés en 1912..d'où le Robert associé, non pas au p'tit lettré mais aux tertres mammaires. "Un enfant...ça change un homme !" m'a lançé ma vieille Jeanne devant le primeur du marché. N'ai pourtant pas perdu le goût sacré de la digression à tiroirs. Et vous!..votre été qui touche à sa fin? réussi? "Un bébé, tu verras...ça change la vie!" m'a crié Jean-Mi'. En dépit d'un cerne toujours plus bleui..d'une insolente intruse en aparté..fais toujours aussi régulièrement l'amour à  ma femme, pisse et mange deux fois par jour en me gardant bien d'émarger aux pronostics de dessus de landeau " C'est la bouche de son père!" " elle ressemble à sa mère" Une vérité toutefois...en toute objectivité..j'ai le plus beau bébé de la planète terre!..si si j'te jure..vous en doutez..elle rote criailleuse, pète ses quelques coliques et prends le soin de fixer son écrivaillon de paternel..j'adore être fixé de la sorte sur mon sort...celui-ci je ne le concèderai pour rien au monde..

 


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Lundi 14 juillet 2008 1 14 07 2008 22:31
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Jeudi 10 juillet 2008 4 10 07 2008 19:07

Alice Boughton - Dawn - 1909

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Lundi 7 juillet 2008 1 07 07 2008 16:10
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Dimanche 6 juillet 2008 7 06 07 2008 11:51

Gisèle Freund - Walter Benjamin à la B.N.F. - 1935

"L'Enfant perdu des Années sombres" est écrit, à L., dans un 75 m2 coquet, second étage gauche d'un immeuble de rapport aux murs lépreux, et ce, depuis le 13 janvier 2007, avec beaucoup d'intermittences depuis l'incipit éternellement recommencé. Un premier livre est une surface de célibataire - ne suis que pacsé - où l'on veut tout entasser : archives familiales retrouvées, extrait de correspondances impromptues, Bloch, Larbaud, Giraudoux, Quint, Blanche et Simenon, clichés jaunis - les égéries du trompeur de dames, Yvette, Mireille, Monique et la "Belle tahitienne de Gauguin" si chère à Céline -, articles écornés, verbiage maniériste et terme vieillot en réhabilitation. Le juste milieu. La cuisine patiente.
Chaque matin, entre sept et midi, j'aimerais à taper mes deux feuillets sur une machine à écrire mécanique, style Lettera 22, dont les touches rappelleraient les marteaux d'un piano Erard. Pour son premier concerto, on joue rarement en sourdine, non? On appuie sur la pédale, or, je ne suis plus étudiant! J'ai trente-quatre ans. Projection : dans la rue de Sèvres, à quelques encâblures du square Boucicaut, devant la vitrine de chez Girbaud, je verrais le fantôme de Frédéric Berthet, Pall-Mall aux lèvres, déjeuner seul au Marco Polo, et le soir Alain Pacadis dîner avec Dina, femme d'amitié au restaurant. Au final, du milieu littéraire, je ne connais que le bar des Oiseaux où pour le prix d'un Martini - les débuts de mois seulement - plus communément d'une pinte de Lager, on voit descendre quelques figures de la ménagerie de Saint-Germain : Th.d.M roule des patins à ses admiratrices, Roberts y reçoit ses auteurs en charentaises éculées. Jamais je n'aurais pensé écrire un opus sur Luchaire puisqu'on passe son temps à rêver un premier livre. On l'idéalise. On pense qu'il changera votre vie et fera du bruit. ce n'est qu'un dépucelage. Je suis un provincial à Paris, comme ils aiment à dire, mais le métro est désomais direct de la Gare de lest à Sèvres-Babylone. Exit changements de stations et différés regrettés. Il faut lire les premiers papiers de Luchaire dans les orphéons de l'après-guerre quand on a 20 piges, quels passagers, Drieu, Green, Aveline, Nels et Crevel. C'est de la littérature de décollage. L'antidote aux références bardées et à la lourdeur scolaire, l'esprit frenchie étriqué dans un style de sous-off. Après c'est trop tard. On a loupé le rendez-vous. On passe à autre chose. Bien qu'infernal et fiévreux, Luchaire ne sera jamais au purgatoire. J'écris et continuerai à écrire ce livre court parce que j'ai senti qu'il allait tomber dans le domaine public. On est toujours un peu jaloux de voir une marge, un indépendant original en son avant-gardisme et machiavélisme, qu'on prenait pour une sorte de franc-tireur jeté à la foule. Je ne relirai pas cet Enfant perdu des années sombre. Un premier livre se doit d'être un miroir brûlant. Je l'écris avec joie en écoutant Ian Brown et en revisitant le "gospel Yeh Yeh" des Make-Up. Ce petit essai biographique donne naissance à des amitiés. JPDT, JLB, LB, NR et NG. C'est à eux que je pense en juxtaposant les 25 lignes/page  de 60 caractères. Je traque en trac. Et pourtant, l'Enfant perdu des années sombres est une belle fête.
Gisèle Freund - Vita Sackville-West à Sissinburghst - 1935

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Vendredi 4 juillet 2008 5 04 07 2008 23:22
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Vendredi 4 juillet 2008 5 04 07 2008 23:22

Brassaï -Dora Maar dans son salon, rue de Savoie - 1944

Béatrice Hastings avait des airs de lady et de petit garçon. Oui, tout à la fois!D'ailleurs, ce titre honorifique était devenu, pour elle, un surnom. Les gens l'appelaient "Lady Virago"! Elle était anglaise de passeport, cosmopolite de pedigree et d'atavisme. Elle portait des chapeaux à fleurs comme des sayons de porte-faix. Elle aimait se déguiser en bergère ou en vacher de Louis XV, version Boucher, Frago', mais elle savait avant tout conjuguer l'élégance et l'extravagance. Elle avait épousé un champion de boxe dans sa première jeunesse, un butor à la Cravan, et recevait d'Angleterre une "rente" mystérieuse. Etait-ce un vieil oncle ou le boxeur qui l'entretenait? En tout cas, Béatrice avait le plaisir d'écrire des poèmes et de vivre des passions. Elle crachait glaires et salive après avoir bu fillette au goulot puis se mettait sous ombrelle japonaise en l'instant suivant. Du reste, mais toujours en cultivant le genre bas-bleu amazone et androgyne, elle mettait le meilleur de sa poésie dans sa carrière mondaine et sentimentale; son genre de vie, si vous préférez...Car elle était excessive comme les autres respirent ou disent bonjour. Quand elle avait quitté Londres pour s'établir à Paris - mais peut-on parler d'établissement avec des personnes d cette sorte? -, Lady avait emmené avec elle sa collection de poker-dice, de soucoupes Rookwood et ses estampes de Saint-Gaudens. "On ne fonde pas une famille avec Béate" déclarait Max Jacob, mais celle-ci s'en moquait. Elle légitimait sans doute ses frivolités, ses folies par ses origines apatrides et bigarrées, mais surtout par son état de jeune (et jolie) veuve. Grâce à Béa. qui collaborait à la presse londonienne, Max jacob avait écrit en anglais dans l'hebdomadaire The New Age alors qu'il ne connaissait pas un traître mot de cette langue. Pourquoi traître? Et, après tout, quels sont les mots les plus perfides?

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Vendredi 4 juillet 2008 5 04 07 2008 11:37
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Vendredi 4 juillet 2008 5 04 07 2008 09:34

 Brassaï - A la Cabane Cubaine - 1932


Ils viennent de me quitter au devant de l'Estaminet..dans quelques heures ils seront à Rimini. Paris n'en finit plus de se vider. Pas envie de rentrer seul dans le métro des gens grisés. A deux pas de la rue Parmentier, je pense à Dina et à la terrasse du Carbet. C'est sûr! Quelques doudous avinés y sirotent encore quelques Ti'. Quelques gazelles y chaloupent un zouk-love improvisé dans les travées de ce "lolo" urbain. Chic! Un guéridon s'offre à moi...à la périphérie de l'espace extérieur légalement alloué. Sur le trottoir. M'installe dans une zone d'interface entre le bourdonnement intérieur et la fugacité des progressions piétonnes. "Un rhum arrangé Café!" pour clore le chapitre des absorptions, ouvert, il y a déjà quatre heures, par une pipette de Galestro. Me voilà peintre en Seine de rue. Un couple me bouscule. J'écarte le tabouret de kola, exhume ma gibecière du sol à mégots pour finalement en sortir un in-quarto. Vélin d'Arches, couverture blanche écrue avec liseré ocre. Une dédicace : "Ce Boutouala, inventaire à bénéfice différé - avec toute ma sympathie - René Maran"..feuillette en effeuillant les pages biffurées d'un texte libre, porté au faîte de l'actualité littéraire au seuil de l'hiver 1921. Chez Drouant, place Gaillon, on goncourise ce 15 décembre le premier homme de couleur,la recrudescence nationaliste de l'ami Raymond battant pourtant son plein. Referme le précieux support. Au dos, un aphorisme apposé à l'encre diluée sur le Vergé-buvard : "L'émotion est nègre, la raison hellène - A mon Bel Ami - Lamine M'Baye (1925)" ah, celui-ci, il ne pouvait pas mieux tomber. Mon plus fidèle commensal. Le pote de mes vingt ans. Un roman fait homme. Le colonial le plus en vue de la jeunesse des Ecoles dans un Quartier latin qui réapprendait tout juste à vivre "nègre", "swing" et "oua-oua". L'élégance doublée d'un entregent à nul autre pareil pour celui qui déjeune avec Simenon et Jo Baker, dîne avec Delteil et les soeurs Dudley ou, enfin, soupe avec les maîtres du spectacle renouvelé, André Daven et Charles Delaunay. Tel un acouphène, le ragtime s'improvise alors dans mon tympan où il convoque les syncopes de Léo Chauliac, le fameux pianiste de rythme. Jam-session d'un siècle à l'autre. "Cire-rare" sur le phonographe de ma vie écoulée.Je les ai tous connus, maudis, regréttés. Ô Lamine, roi du Cayor, de la Tiraille et des nuits de java chez Ledoyen..sans cesse prolongées au sortir des trop-plein de lampées de la Cabane à Gyula. Qu'il était beau ce temps de cocottes et de gorgées de vermouth, le pied battant toujours la mesure d'une existence...comment déjà?..exotique, c'est bien ça...

Brassaï - Orchestre à la Cabane cubaine - 1932

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Mercredi 2 juillet 2008 3 02 07 2008 15:27
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Mardi 1 juillet 2008 2 01 07 2008 12:01

Edward Steichen - Sunday in 40th street - 1928

"J'ai vu New-York..New-York uhésssa.." Manoo fredonne Gainsbourg perchée dans sa tour de verre..Rêveuse yuppie, regrettée bohême..lointaine et si présente rue Wilson, Woodrow Wilson, comme un signe avant-coureur. Ascension hyper matinale des étages infinis..shake-hand impersonnels et prise de quartier face au clavier machinal. Elle s'absorbe avec lui..fugacement..outre-Atlantique puis pense au jour du re-tour, fin juillet.. un samedi, je crois. Big-Apple!Open-space face aux midtown skyscrapers..comptage, contrôle de gestion, barêmes, grilles, firmes, balance des paiements, listing interminables, Trade! Corporation! Banking! et déficit, le cerveau par trop mercantile quand elle aspire à de simples moments et des gestes encore plus légers que les fois passées : une table digne des beaux quartiers parisiens, le sourire franc du petit personnel germanopratin, chasseurs et loufiats porteurs de médaillons, darnes et sabayons.. week-end ligériens dans la sainte cabane à lire et relire Dickens quand Pickwick et Dorrit se mettent à chahuter au pied des glycines..lui, touffeur, touriste-croqueur et tourments intérieurs..c'est drôle..elle le voit, face au vieux secrétaire, pianoter la Rheinmétal d'occasion tout en feuilletant son Cocteau...10 000 idées-minute...pensant déjà à son prochain croqué..une vahine? une toiture délabrée? non! un corps sans tête, étique et tronqué par son habile mine de plomb. "Manoo!!! lunch with me at park?" La vie rêvéé sans collegues 'n' sollictors affûtés à laquelle elle ne peut s'affranchir..Chemises Arrow à la trame éclatante, costumes Moore et Paul Smith sur-cirées...clônage de Central-Business-District. A quoi bon déserter la place puisque les lendemains seront plus que prometteurs, c'est-à-dire essentiels. "Je flâne, je flâne..mais tant de phone à passer! ". Elle fait pivoter son siège de cuir rutilant, stoppe brusquement sa volte en mirant la skyline qui jouxte les bleus sur les gris..impression de Pollock dans l'air..comme ses sillages de gasoline nach Osten...Envie d'Orient quand rien ne lui dit, sinon sa compagnie dans la chambre 100 du Chelsea..222 West - 23ème avenue - entre les 7eme et 8eme rues...toujours l'entre-deux..présage d'happy end. "J'ai vu New-York..New-York uhéssa..

Paul Strand - New-York - 1916

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Mardi 1 juillet 2008 2 01 07 2008 11:04

 


..."Drôles de gens. De ceux qui ne laissent sur leur passage qu'une buée vité dissipée. Nous nous entretenions souvent avec Hutte de ces êtres dont les traces se perdent. Ils surgissent un beau jour du néant et y retournent après avoir brillé de quelques paillettes. Reines de beauté. Gigolos. Papillons. La plupart d'entre eux, même de leur vivant, n'avait pas plus de consistance qu'une vapeur qui ne se condensera jamais. Ainsi, Hutte me citait-il en exemple un individu qu'il appelait "l'homme des plages". Cet homme avait passé quarante ans de sa vie sur des plages ou au bord de piscines, à deviser aimablement avec des estivants et de riches oisifs. Dans les coins et l'arrière-plan de milliers de photos de vacances , il figure en maillot de bain au milieu de groupes joyeux mais personne ne pourrait dire son nom et pourquoi il se trouve là. Et personne ne remarqua qu'un jour il avait disparu des photographies. Je n'osais pas le dire à Hutte mais j'ai que "l'homme des plages", c'était moi. D'ailleurs je ne l'aurais pas étonné en le lui avouant. Hutte répétait, qu'au fond, nous sommes tous des "hommes des plages", et que le "sable" - je cite ses propres termes - ne garde que quelques secondes l'empreinte de nos pas"...

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Mardi 1 juillet 2008 2 01 07 2008 11:04
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Lundi 30 juin 2008 1 30 06 2008 13:22


Un lundi de l'été naissant. Adèle a tiré le long rideau de gaze. La fraîche ouvreuse m'annonce le spectacle du jour : soleil de plomb sur bleu outremer contrastés par quelques filigranes ouatés. Il doit être 10 heures à peine. M'éveille sur son départ imminent. Elle a gentiment déposé un plateau-formica sur la commode en acajou. Café noir amer et tartines de beurre salé puis elle se penche sans s'épancher..un baiser furtif sur mon front ridulé..ce salut sent comme un adieu, vous savez, cet adieu au goût d'"à plus tard "refoulé. Elle se redresse puis se retire à reculons comme pour mieux cerner ma réception d'un départ incongru. Shake-hand et lèvres plissées de gêne, de retenue. Elle est sortie, a claqué la porte..il ne reste d'elle qu'un fumet d'eau-de-parfum vive, fraîche, chévrefeuille et camomille. Les rencontres immédiates comptent hélas parmi les plus fuites les plus anticipées. Où était-ce déjà? Le bar de la Louisiane? non! c'était juste après notre arrivée à la Rhumerie..Alix avait la maladie de l'apéritif prolongé tandis que Claire misait sur les aléas de notre amitié amoureuse..je prenais bien la peine de l'éconduire sans quoi j'aurais plongé sans coup férir sur ces globes et replis généreusement suggérés. Nous nous asseyons à l'angle du salon bas...juste sous le "Noâ-Noâ" de Gauguin..la place venant tout juste d'être libérée. Nous ne sommes que trois et nous paraissons huitaine à hurler notre ivraie sur ce parage exotique, harmonieusement recréé dans la nuit de Saint-Germain. Un mojito..deux puis trois..quelques piochées de mangue pochée dans leur zest de citron salé. Les sujets vont bon train : Guy Locquenghem et son Désir homosexuel de 1972, les plages martiniquaises et la contre-culture à Tribeca parmi les débats les plus fumeux, un rien snobs. Acoudées contre le mur, elles se sont embrassées, juste le temps pour moi de tourner la tête et d'initier un jeu d'oeillade avec l'impétrante de la nuit passée. A l'extrémité d'une table d'amis ennuyeux, Adèle s'absorbait en triturant nerveusement la paille verte de son Cuba Libre. Nous jouions. Nous cillons en souriant puis nous rapprochons dans l'aubaine d'une matchiche lançée pour les clients les plus imbibés de tropicalité. Alix et Claire s'en sont allées en ayant pris congé au préalable d'une caresse sur mon épaulette.
"Adèle Jakunowski. 13 Passage Doisy - 75017...Vierge ascendant cancer..fraîchement séparée d'un professeur de guitare andalou. Elle aime le Golfe de Botnie, les ondoiements d'une biguine et la littérature de ses ancêtres polonais, Gombrowicz et Mickiewicz en tête.  Des heures déferlantes à deviser de Maran, de Cousturier, de la Revue nègre et des arts primitifs. Elle est guide au Museum pour financer ses travaux d'ethnologie sur le folklore tupi. Je ne suis qu'un vaurien et, pourtant, elle se laisse attirer dans ma soupente  de rapin sans-le-sou pour ce dernier verre qui ne l'est jamais..trop bien connu! Avant de nous étreindre puis de nous endormir, elle m'a laissé ses coordonnées sur ce demi-bristol râturé. Que de gestes inutiles et de peines perdues! Elle s'est éclipsée, définitivement (?).


Un lundi sans travail..que faire? Rester à paresser entortillé dans mon drap moite surplié. Saisis le John-Antoine Nau sur Maroquin vert posé à la va-vite sur le cosy-corner.  Il m'a coûté trois francs six sous chez un prétentieux sans-grades de la rue Guénégaud. Connaissez-vous Eugène Torquet alias John (pour Jean-Pierre l'ancêtre)..Antoine (pour la figure mystique de Saint-Antoine de Padoue qu'il vénérait)..Nau (pour I'hommage au poète haïtien, Ignace Nau [1810-1845], chantre du premier anticolonialisme dans ses Scènes créoles) Né à San-Francisco vers 1860, découvreur de Saint-trop' fin-de-siècle avec Signac, son peintre d'ami, amant de Lucie Cousturier, "l'Amie des nègres"..Nau, premier Goncourt de l'histoire, en 1903,  avec Force ennemie, roman d'anticipation très en avance sur son temps plébiscité à outrance par le président du jury..Joris-Karl Huysmans. On pourrait cumuler à l'envi les traces de vie...une biographie à écrire..prochainement..c'est promis si mon éditeur y consent. Ouvre l'Archipel caraïbe avant ses Lettres exotiques comme on embarque à Roissy. Descente d'ivresse, oeil écartelé d'émotions et rire subitement ciselé sur un faciès affecté..d'amers et de sucre..

Lucie Cousturier - Le nègre écrivant - 1936

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Dimanche 29 juin 2008 7 29 06 2008 15:38

Alberto Porta - Girls of my Life - 1987


Monsieur Pierre de Massot (éditeur)
Association  "Manifeste de littérature voyageuse"
10, rue Récamier - 75005 Paris (France)

Pierrot,

Petit billet d'humeur depuis l'Allegria - ta villa est superbe au passage! Beaucoup de paresse depuis quatre jours passés, moitié à-poils, entre Punta Arabi et Santa-Eradia dans ton 4X4 qui est, lui aussi pour le coup, bien providentiel. Ca va t'paraître con, mais je trouve l'auto-radio dément. Avec les filles - les nombreuses auto-stoppeuses du coin - on écoute en boucle Handsome Boy Modeling School..c'est épatant. Tu as décidément bien fait d'insister, j'avais effectivement besoin d'émigrer un peu..même si je ne pensais pas m'adapter aussi vite aux mille charmes de l'île. L'imaginais jet-settée, stéréotypée au possible et finalement on y prend ce que l'on daigne bien vouloir y prendre. Mes écritures s'enlisent..je te vois d'ici froncer les sourcils...bien que tu connaisses ma ponctualité au rendez-vous du Bon-à-tirer..Le pitch de ma nouvelle est au point mort..même si quelques pistes de départ ici-et-là...bouclerai en soirée mon article sur les "égéries littorales de Paulette Jourdain à B.B" pour le New-Yorker..puis classerai, dès demain, mon dossier sur "La littérature de villégiatures tropéziennes"..prochaine destination tant attendue..Je t'ai pas dit avant de partir.. Lalie arrive ce soir au vol de 21h30..elle vient signer sur le yacht de Wilkie...pis après "boat-party" sur l'Es Paradis...des écrivains à la mode, le mexicain Volpi, Llop, le Modiano catalan, deux ex-porno-stars des années 1990, Sandra Scream et Sarah Young, le tout, agrémenté de quelques mannequins de chez Miyake. C'est Absolut qui sponsorise la nuitée. Et c'est ce type, Jean-Philippe!? tu sais bien, le DJ de l'autre fois à l'Alcazar..Readymade Fc...qui mixe et inaugure le set vers deux heures du mat. Voilà pour le flyer! Sinon..gros soleil et capinrihna au taquet..ah oui..une der pour finir...ne remercierai jamais assez ton voisin Allister. Flirt depuis deux jours avec la meilleure amie de sa nièce, Paula Frazer, une superbe rousse écossaise rencontrée au "birthday-drink" de Monolo, le boss du Cafe del Mar. Tout cela pourrait prendre d'autres proportions dès septembre puisqu'elle sera Parisienne et démarrera une pige à la rédaction française du Vanity Fair. Complétement fêlée, la piote! Elle goûte au homard, écoute du new-âge argentin, mets des slips-kangourous et des sous-pulls oranges en plein cagna. Elle porte "Clinique" en vaporetto toutes les deux heures..dois bien avouer qu'j'en suis dingue.. Remarque, ses deux copines ne sont pas mal non plus, une gymnaste lettone et une chroniqueuse d'art slovène..je sais..je suis incorrigible. Allez, j'arrête là..après avoir mis un point final à ce courrier, vais décompresser dans le jacuzzi...une pinacolada fraîche - sans rhum - jamais bien loin..Comme dirait ce vieux Jim Harrison, "tel le fauve, je ne bois qu'au crépuscule!". Fidèlement.  Wil.B.


PS: Pense à la commande de mon Olivetti..t'étonne pas pour l'encre, j'n'avais qu'un feutre rouge sous la main..

Paul Burty Haviland - Florence Peterson en kimono - 1909

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Dimanche 29 juin 2008 7 29 06 2008 15:36
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