Brassaï -Dora Maar dans son salon, rue de Savoie - 1944
Béatrice Hastings avait des airs de lady et de petit garçon. Oui, tout à la fois!D'ailleurs, ce titre honorifique était devenu, pour elle, un surnom. Les gens l'appelaient "Lady Virago"!
Elle était anglaise de passeport, cosmopolite de pedigree et d'atavisme. Elle portait des chapeaux à fleurs comme des sayons de porte-faix. Elle aimait se déguiser en bergère ou en vacher de
Louis XV, version Boucher, Frago', mais elle savait avant tout conjuguer l'élégance et l'extravagance. Elle avait épousé un champion de boxe dans sa première jeunesse, un butor à la Cravan, et
recevait d'Angleterre une "rente" mystérieuse. Etait-ce un vieil oncle ou le boxeur qui l'entretenait? En tout cas, Béatrice avait le plaisir d'écrire des poèmes et de vivre des passions. Elle
crachait glaires et salive après avoir bu fillette au goulot puis se mettait sous ombrelle japonaise en l'instant suivant. Du reste, mais toujours en cultivant le genre bas-bleu amazone et
androgyne, elle mettait le meilleur de sa poésie dans sa carrière mondaine et sentimentale; son genre de vie, si vous préférez...Car elle était excessive comme les autres respirent ou disent
bonjour. Quand elle avait quitté Londres pour s'établir à Paris - mais peut-on parler d'établissement avec des personnes d cette sorte? -, Lady avait emmené avec elle sa
collection de poker-dice, de soucoupes Rookwood et ses estampes de Saint-Gaudens. "On ne fonde pas une famille avec Béate" déclarait Max Jacob, mais celle-ci s'en moquait. Elle
légitimait sans doute ses frivolités, ses folies par ses origines apatrides et bigarrées, mais surtout par son état de jeune (et jolie) veuve. Grâce à Béa. qui collaborait à la presse
londonienne, Max jacob avait écrit en anglais dans l'hebdomadaire The New Age alors qu'il ne connaissait pas un traître mot de cette langue. Pourquoi traître? Et, après
tout, quels sont les mots les plus perfides?
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Parolé..Parolé