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Yousuf Karsh - HG Wells à Lou Pidou (1939)
Le gîte et le
couvert sous les claies d’un toit d’ardoise, le Juste travaille sa gamme à l’ombre d’un logis de fortune. Sobre ou renommé. Il offre une histoire, raconte un paysage qui défile comme au cinéma,
en transparence. Villas fastueuses ? Cabane au gué du fleuve ? Rez-de-chaussée d’hôtel borgne ? pension bon marché ? La retraite de l’écrivain, ce satané poseur de lignes, a
tellement l’air habitée par son propriétaire qu’on s’y sent, non un touriste idolâtre, mais toujours un invité surpris par les marques d’attention. C’est ainsi que tout créateur devrait léguer au
public, outre son œuvre, un peu de lui-même, du coucher jusqu’au lever, de sa mangeaille jusqu’au bon-boire, sa condition d’habitant, et celle plus éphémère, de découcheur ; les coudes sur la
tables, jambes croisées, à la droite de l’hospitalier qui régale, on le retrouverait dans son temps, saisis dans son cadre. Ici, une vue sur la mer, à moins que ce ne soit l’aval apaisé d’un
fleuve. Là, un cadre d’acajou, ce bois rouge qui ravit Balzac et Théophile Gautier. Juste un cadre d’acajou, ce crin noble qui devient de plus en
plus sombre en vieillissant, dont l’ultime éclat devait trouver son dernier refuge dans les premiers wagons-lits vantés par Dekobra ou l’habitacle des berlines filantes sous les mots de l’oncle
Morand et de son neveu chéri, Roger Nimier. Espace de création à géométrie variable, la « maison » est un cabinet de curiosités, avec des kakemonos, des urnes grecques sonnantes de tremolos,
des sarcophages et des moulages encastrés dans des boiseries de kini, de merisier ; un mobilier de clubman, cuir rouge capitonné et rehauts kitsch dans un immeuble de rapport
au centre-ville d’une cité de banlieue ; des niches de marbre black & white, à l’antique dans une vieille ferme reléguée du val. Sans parler du tain moiré des miroirs convexes qui
allument au dessus du manteau cheminé un second feu de lumière.
Chandelle étouffée. Lumière feu. Tantôt le fruste de la débrouille d’une
nuit d’escapade, tantôt la grasse villégiature, annoncée P.P.C, fomentée depuis l’été passé en attendant l’année prochaine pour le cliché du lundi,
sur le parvis du Château. Et ce Castel entièrement jardiné, avec ses douves et son cachet d’autrefois. Tout cela dessiné par un architecte, suisse, peut-être écossais, avec le confort le plus efficace dans le minimum de place. Cadre d’un bonheur réfléchi, égoïste, d’une joie d’honnête homme, de
collectionneur soigneux de son existence. C’est une fête intime, secrète. Et quelle fête en mouvement perpétuel : une vedute à la sanguine dans une longère bretonne, trois
Bonnington de jeunesse dans un moulin restauré par les quelques mécènes du canton et des pochades de Turner dégottées pour la soupente à l’insu des plus récents catalogues. Le portrait du maître
de maison par Marie Laurencin, le croqué de l’hôtesse par Sam Levin, des Vermeer, un buste patiné de Volinine. Enfin, les nostalgiques Noces de Watteau. Bref, tout ce dont les Goncourt
ont rêvé : la Maison d’un artiste doublé d’un atelier d’ouvrier réaliste. Et que d’autres petits musées de vie mal connus, d’un intérêt prodigieux : les instruments de musique,
les casseroles en étain, l’effet des mosaïques ou ces trop vieux parchemins. Tout ce qui a échappé aux déprédations, aux bombes et au mauvais goût de l’ayant-droit, tout cet entassement de
richesses, faites de chairs prélassées, d’encre rouge et de sang noir, doit être visité, revisité, s’il le faut, dans les pages amoureuses d’un livre de sable…humble au
demeurant.
Walter Bondy - Aldous Huxley à la Gorguette (1935)
Willy Rizzo - La Messuguière
(1955)
Parolé..Parolé